Du baptême de Jésus à la conversion de Dieu

Matthieu 3, 13 à 17

 

"Alors paraît Jésus"

Comme si, jusque là, le Jésus de la nativité et de l'enfance n'avait été qu'un Jésus caché: secret du projet de répudiation de Joseph, secret de la visite des Mages, secret de la fuite en Égypte, pour échapper aux manoeuvres criminelles du roi Hérode. Quant à l'enfance et à l'adolescence de Jésus, elles sont encore plus secrètes, puisque Matthieu, en ce qui le concerne, ne nous en dit rien. C'est un Jésus adulte qui quitte soudain la Galilée de son enfance et de son adolescence et qui, sans doute attiré par les prophéties apocalyptiques de Jean-Baptiste, descend le cours du Jourdain pour venir recevoir le baptême: un baptême de conversion et de confession des péchés en vue du Jugement Dernier qui doit précéder l'avènement du Royaume de Dieu.

Les Évangiles de l'enfance nous ont prévenu de la vocation exceptionnelle de ce Jésus et c'est sans surprise que nous abordons cet épisode inaugural de sa vie adulte.

Mais, descendu de sa Galilée plein de crainte devant le Jugement Dernier et plein de foi dans les promesses du Royaume à venir, Jésus est sans doute le premier surpris par ce qui lui arrive. Ce baptême n'est pas pour lui une formalité. Alors que Matthieu a l'habitude de nous dire que Jésus fait ceci ou cela "pour que les écritures s'accomplissent", ici Jésus répond à Jean Baptiste que son baptême a pour but "d'accomplir toute justice". Autrement dit, si Jésus souhaite recevoir le baptême de Jean-Baptiste, c'est parce qu'il entend en assumer personnellement toute la signification: confession des péchés, manifestation de la conversion et soumission à la justice de Dieu. Voilà pourquoi Jésus a quitté la Galilée de son enfance pour se mêler à la foule.

Dans un moment d'illumination, le Baptiste pointe soudain le doigt sur un inconnu, refuse de le baptiser et demande à être baptisé par lui. Du milieu de la foule à laquelle il s'était joint, cet inconnu se trouve désigné comme ce héros apocalyptique et comme cet exécuteur des hautes oeuvres de Dieu que Jean ne cesse d'annoncer depuis le début de son ministère. Le plus surpris des deux est sans doute Jésus qui se voit ainsi ex abrupto chargé d'une vocation à laquelle tout un chacun se déroberait. Jésus ne se dérobe pas, mais il n'accède pas non plus à la demande du Baptiste: ce baptême, il est venu pour le recevoir et il le recevra, parce que c'est ainsi qu'il leur convient, à lui et au Baptiste, d'accomplir toute justice. La justice, c'est que, par le ministère du Baptiste, Jésus confesse ses péchés, manifeste sa conversion et se soumette au jugement de Dieu. Cela, Jean-Baptiste doit le "laisser faire" comme s'il s'agissait pour Jésus comme pour tout autre d'un point de passage obligé.

Le ciel sous lequel se déroule la scène est un ciel sombre et lourd des menaces dont Jean-Baptiste n'a cessé de charger ses prophéties. L'orage de la colère de Dieu ne tardera pas à éclater. Jean immerge Jésus dans l'eau du Jourdain, Jésus sort de l'eau... et le ciel s'ouvre ... sans éclairs, ni coups de tonnerre. Dans la bouche du Baptiste, l'Esprit de Dieu était censé tout brûler sur son passage. Et voilà que, de la déchirure du ciel, l'Esprit descend se poser sur Jésus comme une colombe de paix. Et à la place du tonnerre, une voix proclame: "Celui-ci est mon fils, mon bien aimé, celui qu'il m'a plu de choisir".

Ainsi s'accomplit la justice de Dieu. Ici se scelle le Jugement Dernier et s'inaugure le Règne Nouveau annoncés par Jean-Baptiste. Alors paraît vraiment Jésus. De l'avenir de notre humanité comme de celui de Jésus, tout se joue autour de ce moment où Jésus sort de l'eau:

- Jean appelait à un baptême de conversion: quand Jésus sort de l'eau, la conversion de Dieu répond à la conversion des hommes et entre les deux, la conversion de Jésus fait lien.

- Jésus accueille une vocation qui lui est à la fois adressée par les hommes et par Dieu.

- Jésus vient vraiment au monde comme le Christ annoncé et attendu.

Cela peut paraître saugrenu, mais c'est pourtant indispensable: Jésus doit en passer par le baptême de conversion de Jean-Baptiste: confession des péchés, manifestation de la conversion et acceptation du Jugement Dernier de Dieu sur notre humanité. Le second surpris est sans doute Jean-Baptiste, mais il doit se faire à cette idée. Il doit laisser faire. Dans la manière dont Jésus assume la signification que Jean-Baptiste donne à son baptême, la conversion de Dieu répond à la conversion des hommes.

Jésus se joint à ces foules à juste titre méprisées des pharisiens et des sadducéens. Il se montre ainsi solidaire de leurs péchés, de leur détresse et de leur terreur devant le Jugement Dernier. Pauvre baptême, en vérité, que celui du Baptiste: quelle innocence de croire qu'un simple bain dans le Jourdain va vous purifier de tous vos péchés! Comment la colère de Dieu pourrait-elle se satisfaire d'une pratique aussi naïve! La voie religieuse des sadducéens et la voie morale des pharisiens ne sont-elles pas des voies plus exigeantes et partant, plus sûres. Mais à tout prendre, devant la colère de Dieu, la naïveté des uns vaut bien la sagesse religieuse ou morale des autres. Autant dire pas grand chose. Tout cela, Jésus l'endosse, le prend à son compte et l'entraîne avec lui dans l'eau de son baptême. C'est ainsi qu'il entend être celui que Jean-Baptiste désigne comme le Messie.

Pauvre baptême, baptême de pauvre, c'est celui-là que Jésus choisit. Confession en bloc, sans se donner la peine de faire retour sur le détail, de tous les péchés d'un peuple: c'est à elle que Jésus s'associe. Conversion sans doute sincère, mais tellement naïve: c'est celle-là que Jésus choisit de présenter et de représenter devant Dieu. Et devant ce Jésus qui, debout devant lui, ose se présenter porteur de toutes la déchéance de notre humanité, Dieu accueille la conversion et la confession. Il convertit l'orage de sa colère en colombe de paix et rend Jésus porteur du message de sa justice et de sa grâce. En recevant le baptême de Jean, Jésus assume dans sa seule personne la conversion des hommes et la conversion de Dieu. Désormais Jésus représente les hommes devant Dieu et Dieu devant les hommes.

La vocation de Jésus sera désormais de répondre de cette double conversion. Mais s'il avait accepté de baptiser Jean, s'il s'était ainsi saisi sans autre forme de confirmation du titre glorieux qu'on lui proposait, ou bien s'il s'était lui-même proclamé Fils de Dieu au nom de quelque illumination personnelle, Jésus n'aurait jamais été qu'un tyran ou un paranoïaque. Cette vocation, Jésus ne l'impose pas: il la reçoit d'abord à l'horizontale de l'appel que lui adresse Jean-Baptiste et ensuite à la verticale de son adoption par Dieu. Les deux expressions, horizontale et verticale, de la vocation de Jésus se croisent et se nouent dans le "laisser faire" de son baptême. Ce "laisser faire" vient confirmer que Jésus reçoit, sans s'en saisir lui-même, mais en l'accueillant humblement, un appel qui lui est totalement extérieur: il le reçoit des "autres" d'abord, par l'entremise du Baptiste qui le désigne aux foules, du "Tout-Autre" ensuite, qui prononce sur lui les paroles d'adoption. La manière dont Jésus accueille sa vocation en se pliant au rite du baptême malgré les réticences du Baptiste devient l'exemple même de toute vocation.

Le baptême de Jésus scelle enfin sa véritable naissance. En nous racontant l'épisode de son baptême, l'évangile de Matthieu nous raconte l'histoire de la mise au monde du Christ et du Fils de Dieu. Il s'agit d'une naissance à plus d'un titre: d'abord parce que le geste même de sortir de l'eau est en lui-même symbolique de la naissance, ensuite parce que Dieu prononce sur lui les paroles rituelles de reconnaissance d'un fils par son père - au sortir de l'eau, Dieu "élève" Jésus, au sens romain du terme, enfin parce que, dans l'ambiance de fin des temps et de Jugement Dernier sur le fond de laquelle ce baptême intervient, Jésus devient le premier né du Nouveau Règne de Dieu. Quant à la foule des baptisés à laquelle Jésus s'est associé, s'associe et s'associera encore, elle est désormais appelée à le suivre sur la voie qu'il a ainsi ouverte.

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Vocations de passage

Matthieu 4, 12 à 23

 

Jean-Baptiste proclamait: "Convertissez-vous, le Règne de Dieu est proche". Il a été arrêté, il est en prison, bientôt, il sera décapité. Le prophète a fait son temps, le temps de la prophétie est passé. Vient maintenant le temps de l'accomplissement. Jésus proclame: "Convertissez-vous, le Règne des cieux s'est approché." Toute la différence est là: ce qui était seulement imminent est désormais arrivé; ce qui était attendu pour bientôt est désormais présent. Et quand Jésus proclamera : "Le Royaume de Dieu est proche", il ne se comportera pas en annonciateur de cette proximité, mais chacune de ses paroles ou de ses oeuvres manifesteront ou accompliront cette proximité.

Jean menaçait des foudres de la colère de Dieu. Jésus guérit toute maladie et toute infirmité parmi le peuple. Et ça ne fait que commencer: telles les eaux du Jourdain qui, après s'être accumulées dans la mer de Galilée, tracent leur sillon de verdure et de fraîcheur jusqu'aux rivages de la Mer Morte, dans la trace des pas de Jésus, la proximité du Règne Nouveau va irriguer de sa Bonne Nouvelle la terre de Palestine du Nord au Sud. Dieu a converti sa colère en grâce, il restaure sa création: guérisons et conversions sont les signes de l'ère nouvelle qu'inaugure l'apparition de Jésus. Les promesses dont était porteur le baptême de Jésus s'accomplissent.

"Le Règne des cieux est proche", "le règne de Dieu s'est approché"; ce jeu du futur proche et du passé composé nous fait bien sentir toute la subtilité dont est emprunt ce terme de proximité. Là où Jésus passe, le Règne de Dieu n'est pas massivement présent, il n'impose pas le poids de la glorieuse toute-puissance divine. Non: il s'approche, il passe, il s'est approché, il laisse des traces - traces de conversions, traces de guérisons. Il se laisse seulement suivre à la trace, à la suite des pas d'un Jésus qui n'arrête pas de cheminer. La proximité, et non la présence, tel est le mode d'accomplissement et de manifestation du Règne de Dieu. Dieu s'approche, Dieu passe, Dieu s'est approché de notre humanité, Dieu s'en approchera encore, avec amour. Et cette proximité nous rendra nous mêmes proches les uns des autres: prochains, c'est à dire témoins de la proximité bienveillante de Dieu.

La proximité du Règne de Dieu telle qu'elle s'accomplit et se manifeste en Jésus, il faut donc la suivre à la trace, la saisir au vol, quand elle passe. Mais contrairement à l'administration des chemins de fer, l'administration du Royaume de Dieu n'a pas édité d'indicateur pour nous signaler les horaires de passage de Jésus. Même si les chrétiens ont cru bon d'édifier des temples et des églises, il n'est pas évident que ce soient toujours là et à coup sûr les gares de transit pour le Royaume de Dieu. Les itinéraires de Jésus ne sont pas tracés d'avance, ses arrêts sont toujours impromptus et ses départs sont rarement prévisibles.

Jésus passe: il marche, par exemple, le long de la mer de Galilée. Il voit deux frères en train de jeter leurs filets. Il médite un instant sur la signification profonde d'un geste qu'ils pratiquent avec une habileté et un art tout professionnel, mais probablement sans y penser. Il songe un instant que, pour auguste que soit le geste de ces pécheurs, il a pour résultat de tirer des poissons hors de l'eau et de les faire mourrir. Il se souvient de l'émotion de son propre baptême, de la mort ressentie au moment de l'immersion, de sa sortie de l'eau sous les yeux ébahis de Jean-Baptiste, de la vie nouvelle qui s'est alors emparée de lui. Il pense que sa vocation à lui, c'est de tirer les hommes d'un monde voué à la mort pour les ramener à la vie. Il se dit qu'à lui aussi, il lui faudrait un filet à la hauteur de cette mission. Après tout, ces pêcheurs si habiles feraient bien l'affaire, pour peu qu'ils consentent à le suivre dans ses pérégrinations.

Est-il besoin de rappeler qu'en ce temps là en Palestine, les grandes étendues d'eau, lac ou mer, suscitaient une sainte terreur: peur d'y être engloutit, peur d'en voir ressortir toutes sortes d'animaux mythologiques que Dieu était censé y avoir enfermé lors de la création. Parce qu'ils fréquentaient ces domaines maudits, les pêcheurs y étaient probablement autant objets de respect que de crainte ou de méfiance. Mais une chose au moins est certaine: même si ces pêcheurs éprouvaient à l'égard de l'eau la même terreur mortelle que leurs contemporains, eux au moins ne craignaient pas de l'affronter.

Jésus les appelle. Nous apprenons qu'ils se nomment respectivement Simon Pierre, André, Jacques et Jean. Que Simon soit affecté du sobriquet de Pierre, autrement "tête dure", cela nous laisse entendre que c'est sans doute lui le patron. Les quatre le suivent sans autre forme de procès. Le Règne de Dieu est en marche. Rien n'est plus simple.

C'est même un peu trop court! Heureusement que les choses vont se compliquer par la suite! Parce qu'ici, Jésus se promène, il avise quatre quidam, ils les appelle et les voilà partis tous les cinq vers de nouvelles aventures! Si nous cherchons un exemple de simplicité évangélique, le voilà; et qui nous laisse pantois. La leçon nous paraît un peu légère, à nous autres qui, souvent avec le plus grand sérieux, dans des séminaires ou des assemblées pompeuses, plutôt qu'en déambulant sans façon au bord des lacs ou des rivières, nous échinons à décliner le mot évangélisation à tous les temps, à tous les modes et sur tous les registres; à nous autres qui mobilisons pour ce faire toutes les ressources de la psychologie, de la sociologie, de l'éthnologie, de la pédagogie, etc... les premiers pas de Jésus nous offrent pour toute science que le geste auguste du pêcheur!

Rien n'est pourtant plus simple que les buts de l'Évangélisation: annoncer l'Évangile. C'est une vérité de La Palice. Mais en fait d'Évangile, de quel Joyeux Message s'agit-il? "Le règne des cieux s'est approché", certes, mais comment faire pour en signifier l'approche? Comme font les pécheurs, mais à l'envers: tirer les hommes des eaux obscures et mortelles du monde perdu où ils sont englués pour les ramener à la lumière de la vie du Règne à venir: conversions et guérisons.

Encore faut-il ne pas craindre de naviguer à la surface des eaux troubles de ce monde-ci. Et c'est peut-être là où les considérations, psychologiques, sociologiques, politiques, économiques, éthnologiques, pédagogiques, etc... retrouvent toute leur pertinence. Il n'est pas interdit d'arpenter les territoires dont elles tracent les cartes comme on déambule au bord d'un lac ou d'une rivière. Et s'il s'agit d'y lancer les filets, alors il faut mettre la barque à l'eau, il faut se mouiller. Pour manifester la proximité du Règne de Dieu dans ce monde-ci, il faut s'en approcher, c'est à dire s'en faire le prochain. Même si ça n'est pas pour y rester, ni même s'y installer, il faut y passer. Il faut prendre le temps de s'arrêter en chemin, d'observer, de méditer, de risquer parfois un appel.

Peut-être alors, comme Jésus le jour où il marchait le long de la mer de Galilée, seront-nous les premiers à nous laisser surprendre par cette proximité inattendue du Règne de Dieu que nous avons charge d'annoncer.

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La recherche du bonheur

Matthieu 5, 1 à 13

«Tous les hommes sont créés égaux, ils sont doués par le créateur de certains droits inaliénables: parmis ces droits se trouve la vie, la liberté et la recherche du bonheur.»

Cela, ce n'est pas la Bible qui le dit, mais la Déclaration d'Indépendance des Etats Unis d'Amérique, proclammée le 4 juillet 1776. La recherche du bonheur... vaste programme... promis à bien des déceptions et à bien des échecs. Mais à quoi bon vivre sur terre, si ça n'est pas pour y être heureux... Si le bonheur n'est pas le sel de nos existences, alors nos existences sont bonnes à fouler au pied.

Être bienheureux! pour les grecs du temps de Jésus, c'était là le sort envié des dieux. Être bienheureux! pour les juifs du temps de Jésus, c'était être sous la bénédiction de Dieu. Aujourd'hui comme hier, le bonheur, c'est bien plus un idéal que nous voudrions atteindre qu'un état de fait dans lequel nous nous trouverions. C'est une recherche... bien souvent désespérée! Dès que je me pose la question «suis-heureux?», je compare mes désirs à la réalité et je suis forcé de constater qu'entre mon bonheur et la réalité, il y a un abîme. On court, on court, et au bout du compte, le bonheur nous file entre les doigts. À moins, peut-être, de se contenter de ce qu'on a et de prendre le parti d'en jouir pleinement. À condition d'en avoir les moyens. À condition d'avoir quelque chose dont on puisse se satisfaire et de refouler toute cause d'insatisfaction. Pour que cette insatisfaction vienne finalement pourrir notre bonheur de l'intérieur.

Le bonheur, ça n'est pas seulement ce qu'on cherche, c'est aussi ce qu'on rencontre au bord du chemin, la bonne surprise. Le bonheur, c'est aussi le contraire du malheur, de la mauvaise rencontre, de la tuile qui vous tombe sur la tête. Ce qu'il y a de bien avec les malheurs, c'est qu'il sont comme comme les coups. Ca fait mal, alors il n'y a pas besoin de se pincer pour y croire. Mais les bonheurs, petits ou grands, pour être en mesure de les accueillir, il faut être toujours prêt à se laisser étonner. Et il y a des moments dans la vie où le malheur prend tellement de place que nous ne sommes plus capables d'accueillir les bonheurs qui passent malgré tout à notre portée. Alors, c'est le Diable qui gagne la partie.

Je me demande si les pères fondateurs des États Unis d'Amérique n'étaient pas eux aussi inspirés par le Diable. Si le bonheur est le sort réservé aux dieux, rechercher le bonheur, c'est vouloir être comme des dieux. Et c'est cette volonté d'être comme des dieux qui a plongé Adam et Êve dans ce mélange de bonheur et de malheur qui est aujourd'hui encore notre lot à tous. Si Adam et Êve n'avaient pas voulu connaître le bien et le mal, leurs rencontres avec Dieu seraient toujours restées naïvement heureuses. L'histoire de la chute est l'histoire d'une rencontre avec Dieu qui tourne mal, à cause de l'homme, parce que l'homme n'accepte pas les limites du bonheur que Dieu lui a réservé. Ce n'est pas un droit à la recherche du bonheur que Dieu nous donne, mais le bonheur lui-même. Quand un bonheur vient à notre rencontre, que nous l'accueillions ou pas, que nous manifestions ou non notre reconnaissance, c'est un miracle qui nous est offert par Dieu.

Dans les béatitudes, Jésus nous parle de la recherche du bonheur d'une manière étonnamment lucide. Les pauvres de coeur, ce sont ceux qui n'ont pas grand chose dans le coeur ou dans le porte-monnaie, sinon beaucoup de place vide à cause des blessures et des galères de la vie. S'ils font avec, je ne suis pas sur qu'ils s'en satisfassent; sinon ils ne seraient plus pauvres. Ils y a des gens, quand vous leurs marchez sur les pieds, ce sont eux qui s'excusent: ce sont les doux, toujours à la peine, et qui ne se plaignent jamais. Il y a ceux qui sont d'autant plus révoltés par les malheurs des autres qu'ils ne savent pas quoi faire pour leur porter secours: ce sont ceux qui ont faim et soif de justice; Il y a aussi ceux qui passent outre les avanies qu'on leur fait subir parce qu'ils ont compris que c'est le seule issue pour continuer d'avancer dans la vie: ce sont les miséricordieux; et il y a les purs, dont les vilainies du monde viendront toujours endeuiller le coeur. Pauvres gens à qui, toujours, le bonheur semble faire défaut et à qui, pourtant, le sel de la vie ne vient jamais à manquer.

Et c'est à eux que Jésus annonce qu'ils sont heureux. On a de la peine à le croire. C'est bien gentil d'affirmer que demain ces gens auront la terre en partage, qu'ils seront consolés, rassasiés, qu'il leur sera fait miséricorde, qu'il verront Dieu. Vous qui êtes dans la galère, continuez à ramer et à supporter les coups des gardes chiourmes. Soyez dans la joie, car votre récompense est grande dans les cieux. Alors que c'est aujourd'hui, ici et maintenant, qu'on est dans le malheur. Ou bien Jésus est l'allié de tous ceux qui profitent aujourd'hui du malheur des autres, ou bien c'est autre chose qu'il veut nous dire.

«Heureux les pauvres de coeur, le royaume des cieux est à eux. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, le royaume des cieux est à eux.» Quand il dit cela, Jésus nous en dit encore plus sur le bonheur. Heureux êtes vous! ici et maintenant! le bonheur, la bonne rencontre est là! dans la galère! Parce que Jésus y rame avec nous. Comme par miracle, comme quelque chose d'inespéré et qui pourtant arrive, comme ces bonheurs que Dieu offre et qu'il faut savoir reconnaître et accueillir quand ils passent.

La bénédiction proclamée sur ceux qui font oeuvre de paix est la clef de ce mystère. «Heureux ceux qui font oeuvre de paix, dit Jésus, car ils seront appelés fils de Dieu». Les fils de Dieu, ce sont ceux par qui la rencontre de Dieu avec les hommes se manifeste de façon heureuse, ceux par qui Dieu se manifeste comme le Père qui nous aime. Ceux qui font oeuvre de paix, ce ne sont pas ceux qui crient «paix! paix!» à temps et à contre temps, ni ceux qui se mettent à l'écart des conflits du monde pour témoigner de ce que le Royaume de Dieu est dans les cieux et pas sur la terre, pour demain et pas pour aujourd'hui. Les artisans de paix sont ceux qui, eux-mêmes engagés dans des conflits, restent toujours ouverts au miracle de la paix. Ceux qui, au plus fort d'un combat où ils reçoivent et donnent des coups, savent aussi saisir les offres de paix de l'adversaire, ceux qui osent parier sur l'humanité de leur ennemi et faire preuve de miséricorde à son égard. Ceux qui, engagés au plus fort du combat savent malgré tout renverser la vapeur de la haine et de la violence. Ce sont eux qu'on assassine comme des traîtres et dont la vie est sans cesse menacée par la haine de leurs compagnons d'armes les plus obtus ou les plus intéressés. Ceux-là, ils sont réellement persécutés à cause de la justice de Dieu. Ceux-là, contre toute attente, miséricorde leur a été faite: leur ennemi leur a fait miséricorde, il a lui aussi passé outre les blessures du passé. Et c'est miracle: Dieu s'est donné à voir dans le bonheur de leur rencontre.

Jésus nous en dit encore plus sur la recherche du bonheur: le bonheur n'est pas seulement l'obscur objet de notre désir. Ce n'est pas un droit que nous pourrions revendiquer à la face de Dieu ou du monde. C'est une promesse dont nous avons hérité. Depuis qu'Adam et Êve s'étaient défiés de Dieu, nous étions incapables de croire que Dieu voulait faire la paix avec nous. Et, pour renverser la vapeur de la méfiance, de la haine et de la violence, Dieu a engagé sa propre vie sur la croix, en son fils Jésus Christ. La promesse de paix est désormais fermement plantée au coeur de notre histoire, bonheur offert à qui osera le reconnaître et l'accueillir. Les conflits dans lesquels nous sommes engagés, que ceux-ci soient intimes ou publics, personnels, familliaux, éthniques, sociaux, économiques ou que sais-je encore, c'est là que Dieu se donne à rencontrer, c'est là qu'il se donne à voir. Il nous donne le courage d'y risquer toujours à nouveau la foi, l'espérance et l'amour. La récompense que Dieu nous a promise dans les cieux, c'est comme un crédit de bonheur illimité qu'il nous aurait ouvert sur le compte de Jésus-Christ. Et ce crédit, c'est dès aujourd'hui, ici et maintenant, que nous sommes invités à l'engager en pariant sur la douceur malgré la dureté des temps, en pariant sur la consolation malgré les larmes, en pariant sur la justice malgré l'injustice, en pariant sur le pardon malgré la soif de vengeance, en pariant sur la pureté de coeur malgré la perversité du monde, en pariant sur la paix malgré la haine. C'est ainsi que Dieu a choisi de redonner du sel à nos existences que le malheur avait privé de leur saveur.

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Négociation au sommet

Matthieu 17, 1 à 9

Quand Jésus avait interrogé ses disciples à propos de sa réputation, Pierre avait tenté de provoquer le destin en répondant "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant!" Dans sa bouche, cette confession était un appel adressé au Maître autant qu'une demande de confirmation de sa part. Cela voulait dire: "Voilà ce que nous attendons de toi. Es-tu celui qui répond à notre attente?" Quel n'avait pas été le dépit de Pierre quand Jésus leur avait parlé de la croix. Quant à la résurrection à laquelle Jésus avait fait allusion, Pierre était si peu préparé à l'entendre qu'il n'y avait même pas prêté attention. Par dessus le marché, Jésus lui avait passé un de ces savon! Le pauvre Pierre ne savait plus où il en était. Mais il avait la tête dure, Pierre. Et cela ne devait pas tant déplaire à Jésus, puisque c'était précisément le surnom qu'il lui avait donné: tête dure.

"Parmi ceux qui sont ici, avait dit Jésus quelques temps après, certains d'entre vous ne mourront pas avant de voir le Fils de l'Homme venir comme roi." Même s'ils doivent sans doute se pincer pour y croire, Pierre, Jacques et Jean sont bel et bien vivants au moment où ils assistent à la transfiguration.

Aujourd'hui, Pierre a enfin sous les yeux une réponse éclatante à tous ses doutes et à toutes ses interrogations. Maintenant qu'il la tient, sa réponse, il ne va pas la lâcher; pour ça, on peut lui faire confiance; il a devant lui l'état-major de l'Eternel réuni en conseil de guerre: Moïse et Élie discutant avec Jésus des grandes manoeuvres qui doivent conduire à l'avènement du nouveau règne de Dieu. Enfin, c'est arrivé! Et il est aux premières loges. Mieux, il fait parti du complot. Si Jésus leur a demandé à eux trois de l'accompagner à cette rencontre au sommet, c'est sans aucun doute parce qu'il compte les associer de très près à une stratégie de conquête dont les grandes lignes sont certainement en train de se dessiner dans le conciliabule qui se déroule sous ses yeux. Dans ce cas, autant prendre les devants.

À quelques pas de là, Jésus plaide. Comme autrefois Moïse tentant avec succès d'apaiser la colère d'un Dieu rendu fou de rage par l'ingratitude idolâtre du peuple qu'il venait tout juste de tirer de la fange, Jésus plaide. Il se tient debout devant Dieu. Au beau milieu de la lumière éblouissante de sa gloire, il lui présente cette humanité égarée qui l'attend au bas de la montagne; il la lui présente telle qu'elle est, sans complaisance, sans circonstances atténuantes. Il est Adam prenant enfin sur lui la responsabilité de sa transgression au lieu d'en faire reproche à Dieu lui-même. Dans le procès engagé par Dieu contre l'humanité et dont Élie est le procureur, il a choisi le parti de la grâce et il en répondra, seul s'il le faut et jusqu'au bout. Comme un fils affirmant sa majorité devant son père, il tient tête et engage dans le jugement dernier qui s'annonce tout l'amour qui les lie l'un à l'autre. Et l'amour triomphe: c'est sur ce Jésus-là et sur lui seul que Dieu réitère les paroles d'élévation prononcées le jour de son baptême. Dieu s'engage derrière Jésus sur la voie de la réconciliation.

Pendant ce temps là, Pierre cherche une manière adroite de proposer ses services pour montrer qu'il a de l'initiative et qu'il serait peut-être capable d'accomplir autre chose que des tâches subalternes. Après tout, Jésus ne lui a-il pas dit peu de temps auparavant qu'il est la pierre sur laquelle il bâtirait son Église.

Mais à peine Pierre a-t-il fait sa proposition que le tableau enchanteur se disloque dans un de ces brouillard lumineux qui vous font perdre tous vos repères. Aussi prégnante que le brouillard dont elle jaillit, une voix s'élève qui proclame l'adoption de Jésus par Dieu. Mais de Jacques, de Jean et de lui Pierre, pas question! Les voilà réduits au rang de simples témoins, et de témoins atterrés et terrorisés. Enfin la nuée s'estompe, emportant avec elle Moïse, Élie et la lumière qui les nimbaient. Un Jésus élevé à une telle gloire pourrait-il encore fréquenter des vers de terre comme eux? La nuée leur a certainement aussi enlevé leur Jésus. Quant à eux ils se croient déjà morts, réduits en cendre, puisqu'ils ont vu Dieu face à face; c'est comme si le jugement dernier était passé sur eux.

Et c'est bel et bien de cela qu'il s'agit. Mais le jugement dernier s'approche d'eux, les touche et une voix qu'ils n'espéraient plus jamais entendre leur dit: "relevez-vous, n'ayez pas peur!" À l'appel de cette voix, ils lèvent les yeux et ne voient plus que Jésus, et lui seul. Cette approche, ce toucher tout simple, cette parole qui rassure et relève font sur eux l'effet d'une résurrection.

Ils se relèvent et les voilà en compagnie de Jésus qui redescendent de la montagne vers le monde tel qu'il est. Ils ne savent trop que dire tant ils restent impressionnés par ce qui leur est arrivé, ils ne savent pas trop non plus quel parti en tirer. Et Jésus ne rompt leur silence que pour leur recommander le silence jusqu'à ce que le Fils de l'Homme soit ressuscité des morts, ce qui a sans doute pour effet de les plonger dans une perplexité plus grande encore. Ne l'ont-ils pas vu là, sous leurs yeux éblouis, auréolé du nimbe de la gloire divine?

Peut-être bien, si tant est qu'ils n'aient pas rêvé. En attendant, les voilà de nouveau avec Jésus, et lui seul, et cette voix qui continue de résonner dans le brouillard qui embrume leurs esprits: "Celui-ci est mon fils bien aimé, celui qu'il m'a plu de choisir, écoutez-le!" Sa voix à lui Jésus, ils l'ont entendue et écoutée, comme il le leur était commandé. Son geste amical, il en ont senti le toucher sur leurs épaules quand ils les a invité à se relever et à abandonner toute peur. Cette voix et ce geste tout humains les ont ramenés à la vie ordinaire, dans la clarté ordinaire d'un jour ordinaire, mais debout et eux-mêmes transfigurés.

 

À nous aussi, c'est tout ce qui nous reste: Jésus, et lui seul!

Et puis cette parole entendue dans le brouillard:

"Celui-ci est mon fils bien aimé, celui qu'il m'a plu de choisir, écoutez-le!"

Et puis encore cette parole prononcée par Jésus sur nos corps atterrés et transis de terreur devant la toute puissance de Dieu et sous la menace de son jugement:

"Relevez-vous! soyez sans crainte!

Pas de complot, pas de stratégie de conquête, notre collaboration à l'avènement du Règne de Dieu se limite aussi au rôle de témoins. Le règne de Dieu est certes inauguré, mais sa proclamation nous fait descendre des hauteurs et des petits nuages sur lequels nous aurions tant aimé qu'il nous maintienne. Cette inauguration ne nous fait voir Dieu face à face que pour nous faire redescendre en compagnie de Jésus et de lui seul au raz des paquerettes de la terre des vivants.

Nous que l'idée même de gloire divine plongeait dans la terreur et l'atterrement, nous qu'elle faisait ramper plus bas que terre, nous voici rassurés, redressés et mis en marche, rendus à l'honneur, à la gloire humble et quotidienne de notre humanité commune, de cette humanité ordinaire que Jésus et lui seul vient partager avec nous. Une fois passée l'illumination soudaine de ces rendez-vous avec l'éternité qui nous sidèrent et nous laissent toujours indécis entre l'émerveillement et la terreur, il ne reste à nous aussi que cette parole reçue dans la foi:

"Celui-ci est mon fils bien aimé, celui qu'il m'a plu de choisir, écoutez-le!"; et quand nous l'écoutons, celui que cette parole désigne, nous en recevons ce seul mot d'ordre et ce seul cri de ralliement: "redressez-vous! n'ayez pas peur!"

Nous voilà désormais rendus à notre humanité et à notre humilité, mais une humanité et une humilité transfigurées par l'approche d'un Christ qui s'y engage avec nous et pour nous. En Jésus, Dieu se fait proche de nous jusqu'à nous toucher, nous relève et nous libère des terreurs qui nous paralysaient. En Jésus, Dieu se fait notre prochain. En compagnie de Jésus et à sa suite nous pouvons désormais marcher debout devant Dieu et témoigner par des signes de proximité, de relèvement et d'apaisement de l'approche désormais et pour toujours engagée du Règne de Dieu.

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Un roi sans divertissement

Matthieu 4, 1 à 11

 

Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu.

La vie publique de Jésus commence par une épreuve: l'épreuve du désert: épreuve de la faim, épreuve de la solitude, épreuve de l'ennui.

quarante jours au désert

quarante jours pendant lesquels Jésus fait le vide.

quarante jours pendant lesquels Jésus affronte le vide

 

Peu m'importe qui me l'offre, ce qu'on m'offre et en échange de quoi on me l'offre, pourvu que ce vide qui me tord les entrailles se comble!

Peu m'importe celui qui viendra à ma rencontre, pourvu que cette solitude qui me désole l'âme se comble de paroles, aussi insensées soient-elles!

Peu m'importe ce que l'on me proposera de faire, pourvu que ça me distraie et que se taise enfin la voix qui me demande d'où je viens, ce que je suis, où je vais et ce que j'ai fais de mon frère!

Le Diable est là, tapi à la porte du vide, dans la puissance de cette faim, de cette solitude et de cet ennui. Plus longtemps dure l'épreuve et plus fortes sont les tentations qui remontent de profondeurs de l'abîme. Dès l'origine la vocation de Jésus se trouve soumise à un lent et inexorable travail de sape.

 

Du pain! voilà ce qu'il faut pour combler la faim. Pas seulement ta petite faim à toi, Jésus, ta petite faim d'ermite. Tu es peut-être très fort, Jésus. Peut-être es-tu capable d'acheter ta liberté au prix d'un ventre toujours vide. Mais as-tu seulement pensé aux autres, à cette humanité qui ne cesse de crier famine et qui a toujours préféré le pain à la liberté. «Du pain! du pain!» Du fond de ton désert, ne les entends-tu pas crier, ces foules affamées et lasses de gratter la terre pour n'en obtenir que des chardons. Que fais-tu ici, replié dans ta solitude d'ermite, alors que tu pourrais transformer les pierres de ce désert en pain?

Allez! sort de ta tour d'ivoire et assume tes responsabilités, Jésus. Tu es un homme de pouvoir; tu es le « Prince de la paix ». Tu as dans les mains le Pouvoir: le pouvoir de faire le bonheur des peuples. Imagine: l'empire sur tous les royaumes de la terre. Ne les entends-tu pas crier, tous ses peuples que la guerre a noyé sous des orages de fer, de feu et de sang. Ne les entends-tu pas gémir, ces mères dont les enfants ont été menés à l'abatoir comme des bêtes de boucherie? Tu es le berger des peuple, sous ton règne, tes armées puissantes et débonaires imposeront partout le respect et feront régner partout la justice et la sécurité; l'industrie et le commerce propèreront, les arts fleuriront dans tes palais et dans tes temples, une jeunesse toujours plus vigoureuse croîtra en grâce et en sagesse dans les écoles qu'on ouvrira en ton nom.

Aurais-tu peur du vide, Jésus? Allez, vas-y, lance-toi! Puisque pour toi, il n'y a pas de danger, pourquoi hésites-tu? Quel beau coup médiatique ça ferait, si les foules venues au temple te voyaient flotter en l'air soutenu par les anges. À coup sur, après un tel coup d'éclat, Jérusalem redeviendrait grâce à toi le centre du monde.

L'antique serpent est toujours plein d'à propos, les fruits dans lesquels il offre de croquer sont toujours bons, séduisants à regarder et précieux pour agir avec clairvoyance. Mais quel sens cela peut-il avoir de relever un tel défi? Les foules ébahies resteraient en bas, toujours réduites à leur condition de vers de terre; plus que jamais effrayées du vide qui les sépareraient de ce surhomme nageant entre deux airs.

Pour Jésus, il y a beaucoup plus important que de transformer les pierres en pain, de réunir sur sa tête toutes les couronnes de la terre ou de planer au dessus de notre humanité de cloportes:

«Ce n'est pas seulement de pain que l'homme vivra, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu». Jésus aura faim avec les hommes, et c'est ce qui donnera saveur à sa parole.

«C'est à Dieu seul que tu rendras un culte» Jésus souffrira avec les hommes du conflit sans issue des puissances de ce monde, et sa parole sera une parole de liberté à l'égard de tout ce qui n'est pas Dieu.

«Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu!» Jésus affrontera l'épreuve de notre humanité, il rampera avec nous sur cette terre sans esquiver les pierres d'achoppement qui jalonneront son chemin. Et c'est sur le chemin de nos épreuves humaines que sa parole nous rencontrera.

«Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu!»

Dieu veut être adoré pour autre chose que sa puissance. Avec Jésus, il vient affronter avec nous la pesanteur de notre vie. Ainsi s'éprouve ce Dieu qui veut nous nourrir avec mieux que du pain. Ainsi s'éprouve sur la croix ce Dieu qui s'offre à nous comme pain nouveau rompu pour la vie nouvelle.

Le vide de notre vie, sa solitude, son ennui et sa misère, avec Jésus, Dieu les adopte et les affronte dans leur durée et leur épaisseur. Face au diable qui proposait à Jésus «tout, tout de suite», Dieu prend son temps, le temps de la vie de Jésus, le temps de notre vie, le temps de l'histoire humaine, le temps du pain quotidien et de la peine de chaque jour. C'est là qu'il vient, c'est là qu'il se fait proche de nous et c'est là qu'il nous attend.

    pour les iconophobes