Jésus: Christ et Seigneur

Plaidoyer pour la réalité d'un mythe

(brève intro. à l'Épitre aux Colossiens)

L'Épitre aux Colossiens se distingue très nettement des épitres considérées d'ordinaire comme plus anciennes. D'une part, le rôle salutaire joué par le Christ y atteint une dimension cosmique particulièrement vaste. D'autre part, cet élargissement de perspective s'accompagne d'une mise en sourdine du thème de l'attente de la fin des temps au profit de celui de la cohabitation d'un règne de la terre et d'un règne du ciel. Le Christ y est celui qui nous fait passer de la terre au ciel autant, sinon plus, que de l'ancien au nouveau.

Alors que les disciples du ressuscité étaient convaincus que leur maître reviendrait sans délais et que ce retour glorieux serait l'occasion d'un changement radical et définitif, les églises qui leurs succèdent sont placées dans une situation de plus en plus inconfortable. Leur attente toujours à nouveau déçue les maintient dans le provisoire, à l'intersection de deux mondes incompatibles: l'un ancien, voué à la chute, mais qui perdure, l'autre nouveau, inauguré par la Pâque du Christ, mais dont l'accomplissement reste en souffrance. Sans abandonner la perspective d'un accomplissement à la fin des temps, ces Églises sont à la recherche de gages présents de leur participation au monde à venir.

Une pratique religieuse très en vogue dans l'antiquité répond à ce besoin. Elle est désignée par un mot clef de l'Épitre aux Colossiens. Celle-ci situe en effet le mot mystère à l'intersection des chemins qui mènent respectivement de l'ancien au nouveau et de la terre au ciel. L'équivalent d'origine latine du mot mystère est le mot sacrement. D'une manière générale, le mystère fait participer activement l'initié d'une religion à l'histoire, en général mythologique et cosmologique, que cette religion place à l'origine de toutes choses. Un cheminement initiatique, dont les étapes et les significations retracent les grands moments du mythe et sont en général tenues secrètes, donne à l'initié une connaissance de lui-même, du monde et de la divinité par laquelle s'accomplit la plénitude de son salut.

Manifestement, l'épitre aux Colossiens prend acte d'une pratique similaire qui s'est progressivement et spontanément développée dans les communautés chrétiennes. Elle fait oeuvre théologique en essayant de s'en accomoder sans renoncer à l'essentiel. D'ordinaire le mystère est un moyen pratique d'acquérir par soi-même une connaissance dont la possession opère le salut. Pour Paul, le mystère n'est qu'un langage appelé à concourir à la publication de l'Évangile du Christ crucifié et ressuscité Jésus. Si le mystère fait participer l'initié au mythe, alors le mythe chrétien est la réalité de la croix de Jésus de Nazareth. Si le mystère, par l'initiation qu'il opère, fait passer l'initié de la terre au ciel et de l'ancien au nouveau, alors, le véritable mystère et l'unique initié sont le Christ et Seigneur Jésus lui-même. Si le mythe raconte l'histoire de la création et de la recréation de l'univers, alors l'oeuvre réelle du Christ, qui s'accomplit sur la croix (son sang et sa chair) et pas ailleurs, prend une dimension cosmique qui embrasse l'avant, le maintenant et l'après. Instrument de torture où se jouent la passion et la patience de Dieu, la réalité de la croix placée à l'intersection de l'horizontale humaine et de la verticale divine confère à l'espace-temps sa réalité première, présente et ultime. Jésus est non seulement le seul initié, mais l'initiale et l'initiateur d'une création où s'articule l'ancien et le nouveau, l'originel et l'ultime, la terre et le ciel. Le Christ crucifié Jésus est ainsi élevé à la dignité de Seigneur de l'Univers.

En élargissant l'Évangile à d'aussi vastes horizons, Paul ne fige pourtant pas la foi dans une sorte d'immobilité, de quiétude ou d'indifférence sidérale. Il montre au contraire que le drame de la croix soumet la perspective cosmique elle-même à l'inquiétude sereine de l'attente. Il place les souffrances endurées par les uns ou par les autres aussi bien que la nécessité de respecter un minimum de prescriptions morales et sociales dans cette ambiance de précarité, de mouvement et d'évolution - en attendant mieux. Il s'agit avant tout de poursuivre sa route dans le Christ Jésus Seigneur (2,6). C'est sur la grève de nos existences plutôt qu'au firmament du zodiaque que se laisse et se laissera encore discerner la trace de son passage parmi nous. Et l'Esprit ne nous donnera jamais rien d'autre à y lire que l'Évangile de la croix et de la résurrection.

pour les iconophobes

 

L'échappée de la Parole

(brève intro. à Actes 6 à 15s)

À Pentecôte, Pierre s'adressait exclusivement à des Israélites. En Jésus, Messie crucifié et ressuscité, les prophéties concernant l'avènement du Royaume de Dieu étaient réalisées. Les événements dont il témoignait concernaient d'abord le peuple juif. Avant que le reste de l'humanité ne se tourne vers son Dieu, il fallait que l'ensemble du peuple d'Israël retrouve sa cohésion autour du Messie envoyé par Dieu; le retour à la fidélité d'autrefois porterait témoignage de la grandeur de Dieu; Jérusalem redeviendrait le centre du monde; le peuple d'Israël serait universellement reconnu dans son élection et sa sainteté; il jouerait alors le rôle de médiateur exclusif entre Dieu et le reste de l'humanité.

Si l'on en croit les chapitres 6 à 15 des Actes, les choses ne se passeront pas ainsi. La proclamation de l'avènement du Messie Jésus rencontre des résistances et suscite des persécutions. La communauté réunie autour des disciples se trouve confrontée à des tensions internes. Celles-ci sont dues à la difficulté qu'éprouvent les douze à envisager la vocation universelle du message de Pâques. Les disputes commencent à propos du statut des juifs non originaires de Palestine (les hellénistes et les prosélytes). Elles atteignent leur point culminant dans le conflit à propos de la nécessité d'être circoncis pour être mis au bénéfice de l'Évangile (Ch. 15).

La Parole de l'Évangile échappe à ceux qui auraient souhaité la réserver aux seuls Israélites. Philippe évangélise la Samarie; Pierre et Jean lui emboîtent le pas et convertissent Simon le magicien à la gratuité de l'Évangile; Philippe, enlevé par l'Esprit et sollicité par l'eunuque éthiopien, se résout à le baptiser; à Antioche se fonde spontanément une Église qui fait peu de cas des différences entre nations. Les douze ne savent plus où donner de la tête. L'Esprit les déborde et ils n'ont pas d'autre choix que de suivre le mouvement. Pierre, puis Jacques, renoncent à imposer la circoncision aux païens parce que tel n'est manifestement pas le prix de la grâce.

La Parole change de mains, tel le témoin d'une course de relais. Dans ce passage du témoin, Étienne, le représentant des hellénistes et des prosélytes, se situe à mi-course entre juifs et païens. Son témoignage et son supplice (6,8 à 7,60), nous sont racontés comme une répétition de la passion et de l'exécution de Jésus. Mais alors qu'à Pentecôte, Pierre inscrivait encore la croix et la résurrection de Jésus dans la tradition juive, le discours d'Étienne rompt avec elle; Étienne interprète son martyr et celui de tous les chrétiens persécutés comme un passage par la croix à la suite de Jésus. Sa passion lui ouvre les portes du ciel (7, 55 et 56). Au «Père, je remets mon esprit entre tes mains.» de Jésus (Luc 23,46) répond le «Seigneur Jésus, reçois mon esprit.» d'Étienne. Jésus occupe désormais la place du Père. Étienne est témoin de la croix du Christ.

L'exécution d'Étienne est la seule «croix» qu'il sera donné à Saul/Paul de contempler(7,58; 8,1). De cette contemplation haineuse et satisfaite à l'éblouissement du chemin de Damas, la parole en acte - la Parole de la Croix - transmise par Étienne, va travailler et faire son chemin. La Parole passe, en dépit de l'opposition de Saul. Crucifiée avec Étienne, si la Parole ressuscite avec Paul, c'est pour se manifester dans toute son universalité. La renonciation forcée de Pierre aux symboles de l'identité juive que sont les interdits alimentaires et la circoncision, la conversion de Corneille dont Pierre est tout juste invité à prendre acte, tous ces événements nous font passer du Messie censé rétablir Israël dans la pleine exclusivité de son élection au Christ Seigneur de toute l'humanité.

Cette histoire nous est racontée du point de vue de l'Église telle qu'elle est née avec Paul en rupture totale avec la tradition juive. Chrétiens, nous sommes au bénéfice de cette rupture. Mais, au delà de cette rupture, nous sommes bénéficiaires de la liberté déconcertante avec laquelle Dieu use de sa grâce. De cette grâce, ni Israël, ni nos églises chrétiennes si diverses ne peuvent revendiquer l'exclusivité. La Parole de la Croix qui la porte à nos oreilles nous échappe, son universalité réside dans cette échappée même; la diversité de nos langues et de nos confessions en est le signe.

pour les iconophobes

 

La Parole qui passe

(brève intro. à Luc 19 à 24)

Le troisième tiers de l'Évangile de Luc est tout entier placé sous l'influence d'une fin prochaine: celle de Jésus, mais aussi celle des temps et du monde. La Parabole des mines (19/11 à 28) nous indique que les évènements qui vont suivre ne sont certainement pas sans rapport avec l'avènement du Règne de Dieu. Mais dans quelle ambiance de terreur apocalyptique ne les place-t-elle pas! Le Maître revient, il va réclamer à chacun son dû et le sang de ses ennemis va couler à flot. À peine accueilli triomphalement à Jérusalem, Jésus prononce sur la ville sainte une prophétie de destruction totale (19/41 à 44). Cette montée de l'inquiétude culmine avec une révélation apocalyptique (21/5 à 36) qui situe la destruction de Jérusalem dans le cadre d'un cataclysme économique, social, politique et cosmique généralisé.

Pourtant, le crescendo de terreur s'arrête soudain pour faire place à la douceur d'une notre champêtre: «Voyez le figuier et tous les arbres...» (29). Signes fragiles d'une fécondité toujours renouvelée, leurs bourgeons précoces offrent l'image d'une persévérance fidèle: celle de Dieu. Au beau milieu de l'ambiance de fin des temps, les fins de Dieu se manifestent dans la douceur d'une parole ferme: «Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas.», «Ne soyez pas effrayés», «Redressez-vous, relevez la tête», «Veillez et priez». Au milieu du déchaînement des temps, les pas tranquiles de la Parole tracent une ligne de foi qui fait signe de la proximité féconde du Règne de Dieu.

Dieu a engagé un procès contre son peuple et Jésus est engagé à ses coté. Les grandes figures religieuses et politiques de Jérusalem s'opposent à lui dans une confrontation sans merci où Jésus bouscule les fondements mêmes de la vie religieuse juïve. Jésus chasse les marchands du Temple (19/45 à 48). Les marchands et les changeurs du Temple ont en effet pour fonction de garantir la pureté de tout ce qui peut y entrer. Pharisiens, scribes et grands prêtres ripostent en mettant en question l'autorité de Jésus (20/1 à 8), ils le questionnent sur ses rapports avec l'autorité romaine. Jésus les renvoie à l'impossibilité de séparer le coté face du coté pile des pièces d'argent dont ils font usage. Il dénonce ainsi leur impuissance à échapper aux nécessités impures du compromis avec Rome. En retour, Jésus met ses disciples en garde contre l'autorité des scribes (20/45 à 47). Les grands prêtres et les scribes décident d'attenter à la vie de Jésus (22/1 à 6). Jésus invite ses disciples à s'équiper et à s'armer (22/35 à 38). Les autorités religieuses font arrêter Jésus, le soumettent à une parodie de justice, le livrent aux autorités romaines, exploitent la versatilité des foules pour bousculer les scrupules de conscience d'un haut fonctionnaire romain. Jésus sort vaincu de cette confrontation. La sanction, c'est la mort sur la croix.

Plus la tension monte, plus clairement apparaît l'enjeu de la confrontation. Quelle est la véritable vocation de Jésus? Comment Dieu a-t-il décidé d'en finir? Jésus assume toutes les étiquettes qu'on s'empresse de lui coller sur le dos: Fils de Dieu, Roi (Messie, Christ), Maître de sagesse, Héros apocalyptique (Fils de l'homme), agitateur public. Mais il déçoit en même temps tous ceux qui cherchent à l'enfermer dans les rôles qu'elles désignent. Jésus est «le fils bien aimé» de la Parabole du vigneron (20/9 à 19), mais il devra être rejeté avant de devenir la pierre angulaire. Il est le fils de l'homme qui s'en va selon ce qui a été fixé, mais il prend la place de celui qui sert (22/21 à 30), il est le Messie de Dieu, l'élu, mais le voilà cloué sur une croix entre deux malfaiteurs. De quelque manière que le Royaume de Dieu s'approche de nous en sa personne, il ne se laisse enclore dans aucune conception humaine.

«Père, je remets mon esprit entre tes mains» (23/46). Cette parole entre en écho avec le «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné» de Marc et de Matthieu et contraste avec la chute progressive de Jésus dans l'abandon et la trahison: Judas prend contact avec les grands prêtres et les chefs des gardes (22/3 et 4), les disciples s'abandonnent au sommeil et à la tristesse (22/45-46), Judas livre Jésus, Pierre le renie, la foule enthousiaste des rameaux le conspue. Cet abandon, Jésus l'assume: il annonce la trahison de Judas et le reniement de Pierre. Sa vocation le concerne lui-seul; elle échappe non seulement à ses ennemis, mais aussi à ses disciples. Tout se dénoue autour de lui. Dans la débacle, il se retrouve seul témoin de la fidélité de Dieu; au point de faire un avec elle. «Père, entre tes mains je remets ma vie.» Jésus confie à Dieu le souffle qui l'anime: la Parole du Père. Comme il l'a affirmé dans la parabole de la femme qui avait eu sept maris (20/27 à 40), tous ceux qui se confient dans la Parole du Seigneur sont vivants pour Lui.

Au milieu de la terreur apocalyptique et de la débacle, Jésus exprime jusqu'au dernier souffle cette Parole qui passe et dont le passage ouvre à la vie ceux qui s'inscrivent dans son sillage. La croix, sur laquelle la Parole échappe à ses amis autant qu'à ses ennemis, fait désormais trace de la Pâque du Seigneur. En elle s'inscrit de façon indélébile l'énigme de la marche du Seigneur parmi nous. La Vie, celle que nous recevons du souffle de Dieu, nous échappe. Face à la croix, nous n'avons plus d'autre ressource que de nous laisser surprendre, rejoindre et devancer par elle. Les récits finaux du tombeau vide, de la rencontre d'Emmaüs et de l'ascencion de Jésus (24/51) nous relatent l'expérience de cette echappée vitale de la Parole. En Jésus, le règne de Dieu s'est approché. Et jusqu'à aujourd'hui, nous n'avons cessé d'être devancé par lui. Si désormais, Jésus nous échappe, ce n'est plus vers le bas et vers la mort, mais vers le haut et vers la vie. Reste à lui emboiter le pas.

pour les iconophobes

 

Grâce à Lui, ma vie a un sens,
l'Univers aussi

(brève intro. à l'Épitre aux Éphésiens)

Comme l'Épitre aux Colossiens, l'épitre aux Éphésiens se distingue très nettement des épitres considérées d'ordinaire comme plus anciennes. La dimension cosmique du rôle salutaire joué par le Christ y est confessée avec une vigueur inégalée; le thème de l'attente de la fin des temps s'estompe au profit de celui de la cohabitation d'un règne des ténébres et d'un règne de la lumière. Le Christ y est celui qui nous fait passer des ténèbres à la lumière autant, sinon plus, que de l'ancien au nouveau. On ne s'étonnera donc pas que le mot mystère se trouve ici encore à l'intersection des chemins qui mènent respectivement de l'ancien au nouveau, de la mort à la vie et des ténèbres à la lumière. Ici encore, ce mot ne cache aucun secret imaginaire, mais désigne clairement dans sa portée symbolique l'histoire bien réelle de la passion et de la croix du Christ Jésus.

Mythe et mystère ne sont qu'un langage que Paul utilise en vue de la publication de l'Évangile du Christ crucifié Jésus. Une fois lancé sur cette voie, Paul comprend qu'il n'échappera pas à la nécessité d'interpréter le mystère de la croix et de la résurrection comme un mythe de création. Il discerne dans la dramatique de la croix et de la résurrection le moment initial d'une mise en ordre du Tohu-Bohu que le premier chapitre de la Genèse n'aura fait que prophétiser. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c'est sur la croix et au centre de son histoire que Dieu accomplit une création du monde dont l'achèvement avait été différé par la chute et le péché.

Ici, non seulement salut et création, mais encore passé, présent et avenir se téléscopent dans une sorte de fusion originelle dont la croix est l'épicentre. La croix est l'╬uvre par excellence, le moment où Dieu non seulement sépare la ténèbre de la lumière, mais où il fais passer de l'une à l'autre. Tout le reste n'est que conséquence de cette ¤uvre initiale et centrale(2, 9 et 10)! Ici, la doctrine paulinienne du salut par grâce au moyen de la foi trouve son expression accomplie (2, 8).

À partir de là, je peux traduire la mise en ordre du Tohu-Bohu dans lequel est engluée mon existence personnelle en confessant que, sur la croix Jésus est mon Sauveur: grâce à lui, ma vie a un sens! Mais il me faut aller plus loin: ma vie n'a de sens qu'en relation avec l'univers. Si Jésus donne un sens à ma vie, il donne aussi sens à l'univers.

L'audace qu'il y a à passer ainsi du salut à la création trouve ici sa justification et sa limite.
D'une part, l'╬uvre de Dieu est la seule qui soit décisive. Toute ¤uvre y trouve sa «prédestination», ce qui signifie non pas que tout soit programmé d'avance, mais que l'╬uvre accomplie en Jésus-Christ réinstaure notre humanité et son univers dans leur vocation originelle.
D'autre part, la mise en ordre du Tohu Bohu est provoquée par la Parole de la croix. L'Esprit en prolonge l'╬uvre dans la durée des jours et dans l'attente de leur accomplissement. C'est lui qui fait croire, lui qui fait comprendre le sens, lui qui nous réintroduit dès à présent à la suite de Jésus dans le mouvement créateur de Dieu, le qui restaure dans le bon sens, celui de la création, le lien que nous entretenons avec l'univers. L'Esprit est porteur d'un seul et unique message qu'il décline dans toutes les langues et dans tous les langages: «
vous qui étiez jadis loin, vous avez été rendus proches par le sang du Christ».

pour les iconophobes

L'Amour est mort

(brève intro. aux épitres de Jean)

La lecture des trois épitres que le canon du Nouveau Testament et la tradition ecclésiale attribuent à Jean, "le disciple que Jésus aimait", nous laissent une impression douce amère. On ne cesse d'y parler le l'Amour. Mais plus on y invoque l'Amour avec un grand A et plus les enjeux du conflit dans lequel est engagé le rédacteur des épitres deviennent manifestes. Au moins ces épitres ne cachent-elles pas le caractère partisan de cet engagement. L'auteur se sait faire parti des «bons» et il ne cesse de désigner les «mauvais» et «Le Mauvais» à la vindicte de ses lecteurs. D'un coté la lumière, de l'autre, les ténèbres, d'un coté la vérité, de l'autre le mensonge, d'un coté la bonne foi, de l'autre la mauvaise, d'un coté la justice, de l'autre le péché, d'un coté le Christ, de l'autre l'antichrist, d'un coté les généreux, etc. Dans une telle athmosphère, une invocation massive de l'Amour a quelque chose de dérisoire tant elle semble unilatérale.

Et si c'était dans ces oppositions mêmes que l'auteur des épitres nous donnait à toucher du doigt ce qu'il en est de la haine, de son caractère inéluctable, irrémissible, incurable. Impossible de s'en sortir une fois qu'on y est engagé. Et si l'auteur lui-même, dans l'écriture de l'épitre elle-même, était malgré tout à la recherche d'une issue à sa propre haine.

L'invocation de l'Amour elle-même contribue non seulement à envenimer les choses, mais elle les mène à leur dernière extrémité. Certes, il nous faudrait pouvoir aimer; mais c'est l'autre qui ne se rend pas aimable; c'est lui qui nous met en face de notre impuissance, lui qui fait peser sur nous une culpabilité que nous nous empressons de lui renvoyer à la figure.

L'Amour....

l'Amour est un juge impitoyable: en invoquant l'Amour contre autrui nous alourdissons au plus secret de nous-mêmes le joug de culpabilité dont nous voudrions le charger. Et nous n'arrivons pas pour autant à apaiser cet insupportable sentiment de haine qui nous taraude l'âme; au contraire.

Invoqué aussi massivement et aussi vainement, l'Amour meurt. Pour Jean, comme pour nous, l'issue est là, fatale: l'Amour est mort, nous l'avons tué. L'Amour est mort sur la croix.

Au coeur même du conflit dans lequel il est engagé, Jean est témoin du miracle de Pâques: «C'est à ceci que désormais nous connaissons l'amour, lui, Jésus, a donné sa vie pour nous... si notre coeur nous accuse, Dieu est plus grand que notre coeur.»(3,16) L'issue vers la vie, la brèche ouverte dans le mur infranchissable de la fatalité de la haine et de la mort, Jean, au coeur même de l'obscurité au sein de laquelle il se débat, nous en désigne la lumineuse ouverture: «Dieu a envoyé son fils unique dans le monde afin que nous ayons la vie par lui. Voici ce qu'est l'Amour, ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, c'est lui qui nous a aimé.» (4, 9 et 10).

Reste à nous laisser approcher sans crainte par cet Amour (4,18), reste à en accueillir l'onction (2, 27), reste à laisser la Parole de grâce et de vie balayer une fois encore les ombres de la mort et de la haine, reste à laisser la Parole nous appeler à nouveau à la vie.

pour les iconophobes

UNE VÉRITÉ CHEMINANTE ET VIVANTE

(Brève introduction à l'Évangile de Jean)

 

Tel est le Jésus dont l'Évangile de Jean nous invite à suivre la trace. Et cette trace n'est pas toujours facile à suivre. Sans doute parce que nous avons pris l'habitude de penser la Vérité comme quelque chose d'immuable: Or Jean témoigne d'une Vérité qui est vie et d'une vie qui est cheminement. Sinon, pourquoi raconter une histoire au lieu de publier un traité de doctrine?

Certes, chez Jean, Jésus prêche, enseigne et prie beaucoup. Et ces passages, où la parole de Jésus sonne à nos oreilles comme une leçon sans appel, ne sont pas parmis les plus clairs des Écritures. Mêmes les mots les plus simples y prennent des allures de langage codé. Impossible d'en saisir le sens si nous ne nous ne prenons pas notre parti d'en accepter l'inadéquation à dire ce que la Vérité de Dieu a de dynamique: la Lumière qui rayonne, la paternité de Dieu qui va du Père au Fils, du Fils aux disciples et des disciples aux croyants, l'amour qui est permanence du don. S'il faut voir pour croire, c'est seulement en regardant dans la direction où éclaire la lumière, en ne cherchant pas à la capter à la source, mais en la contemplant dans ses effets, dans la clarté dont elle illumine ceux qui la recoivent. Demeurer en Jésus, c'est demeurer dans sa trace, c'est se laisser appeler dans le sillage de vie qu'il ouvre devant nous. Accueillir le signe ou en porter témoignage, ce n'est pas accumuler ou produire des preuves qui permettrait de nous assurer de la Vérité pour l'assener aux autres. C'est refléter la lumière vers autrui.

Enchassés dans cette gangue de discours, comme des diamants, quelques récits, rencontres, miracles ou paraboles, nous éblouissent par le chatoiment de leurs reflets.

Mais, ce Jésus, il est si rébarbatif! Il semble toujours répondre à coté de la plaque! Chacune de ses paroles semble destinée à déconcerter l'interlocuteur! Ce Jésus qui parle tant d'amour et ne fait rien pour se rendre aimable est un Jésus irrecevable; autant l'avouer d'emblée, quitte à se laisser convaincre du contraire au fur et à mesure qu'avance le récit.

Il chemine, ce Jésus. Et, à y regarder de plus près, celui qui rabroue sa mère à Cana n'est pas le même que celui qui, sur la croix, clame un « Tout est accompli !» apaisé. Comme si l'Évangile de Jean nous racontait la difficile gestation du Fils de Dieu avant de nous faire assister à sa mise au monde sur la croix. Ne nous étonnons pas que les femmes jouent chez Jean un rôle majeur: de la mère de Jésus à Marthe en passant par la Samaritaine, toutes sont là comme des sages femmes dont l'à propos force non pas le destin de Jésus, mais sa vocation.

Le prologue ne nous l'avait-il pas annoncé: « Et le verbe est devenu chair ». Combat douloureux que celui de la cohabitation du verbe lumineux et de la chair obscure, de la grâce et de la nécessité, du monde voulu par Dieu et de celui qui s'est rebellé contre lui. En Jésus, le Verbe apprivoise la chair: combat qui se livre sous nos yeux, mais qui se livre aussi en nous, pour peu que nous laissions nos refus obstinés rencontrer l'intransigeance de cet insupportable Jésus. C'est ainsi que la Parole engendre le Christ en nous, ainsi qu'elle nous fait passer par le jugement pour nous faire accéder à la grâce.

pour les iconophobes

L'Évangile sur écran panoramique

(Brève introduction à l'Apocalypse de Jean)

 

Il paraît que le livre de l'Apocalypse est un livre difficile. Peut-être lui demandons-nous bien souvent plus qu'il ne prétend nous donner. Et puisqu'il s'agit du dernier livre du Nouveau Testament, que peut-il nous offrir de plus que l'annonce de l'Évangile: Jésus, Christ et Seigneur, crucifié pour nos offenses et ressuscité pour notre justification.

Au lieu de nous en effrayer, commençons donc par nous laisser séduire par la luxuriance de son vocabulaire, de ses symboles et de ses images. L'apocalypse relève d'un genre littéraire qui ne lésine pas sur les effets spéciaux. Peut-être cachent-ils parfois quelque langage codé prophétisant quelque évènement passé ou à venir: tant qu'il y aura des guerres, des tremblements de terre et des éclipses de soleil, l'Apocalypse de Jean restera d'actualité. Mais ils sont là avant tout pour susciter en nous le sentiment du sublime. Par cet élargissement plus qu'excessif de la perspective, l'Apocalypse de Jean entend faire comprendre aux premiers chrétiens que les tribulations auxquelles ils sont soumis participent d'une histoire qui concerne l'univers dans son ensemble: l'histoire de son jugement et de sa rédemption.

Soumis aux persécutions, les chrétiens se sont repliés sur l'essentiel: le culte et sa liturgie. Là, dans l'obscurité des catacombes, vacillante, la lumière de l'Évangile continue de briller. Cette liturgie, Jean en fait éclater le cadre et l'élève au rang de mystère cosmique. Croix et résurrection du Christ et Seigneur Jésus, tel est le mystère que célèbrent dans la clandestinité les liturgies de l'église persécutée. Croix et résurrection, c'est dans ce drame que se juge l'histoire de l'univers tout entier, dans ces Pâques célébrées secrètement que se signifie le passage des temps anciens aux temps nouveaux, de l'humanité déchue expulsée du jardin d'Eden à l'humanité rachetée invitée grâcieusement à entrer dans la Jérusalem céleste.

Celui qui était, qui est et qui vient, la vérité vivante venue d'en-deçà de l'histoire, cheminant dans l'histoire et la conduisant à son but, c'est le Christ Jésus. Sa croix et sa résurrection sont la clef de l'Histoire. Les succès comme les échecs ou les tribulations de l'Église naissante n'ont de sens que replacés sous cet éclairage. Ils sont un moment du drame universel qui est en train de se jouer. Aussi, ça n'est le moment ni de tiédir, ni de flancher, si l'on ne veut pas rester au bord du chemin. Les excès apocalyptiques de Jean font perdre au culte et à ses liturgies leur statut d'objets de piété préservés du monde. Ils nous invitent d'une part à rester attachés coûte que coûte au message dont ils sont porteurs et d'autre part à éclairer de leur lumière les évènements de notre monde.

L'univers de l'Apocalypse de Jean apparaît ainsi soumis à la cohabitation de deux mondes antagonistes: l'ancien et le nouveau. La situation des chrétiens y est d'autant plus incofortable que leur foi les place au temps et au lieu précis où le conflit de ces deux mondes atteind son paroxisme. Mais cet antagonisme n'est pas le fin mot de l'Histoire. Les temps et les lieux où les deux mondes entrent en conflit sont aussi ceux où s'opère le passage de l'un à l'autre. Les moments où les fondations sont ébranlées sont aussi ceux où, dans une crise toujours ultime, se joue, à la suite de Jésus, pour chacun d'entre nous comme pour notre humanité et notre univers tout entiers, le passage de la croix à la résurrection. Quelque soit la perspective, intime, sociale, historique ou cosmique dans laquelle nous nous plaçons, c'est en ce point que le Christ crucifié Jésus s'affirme comme Seigneur, pour peu que nous osions l'invoquer:

Viens, Seigneur Jésus!.

pour les iconophobes

IMPASSE DE LA RESURRECTION.

Matthieu 15 à 21

 
Entre le chapitre 15 et le chapitre 21 de l'Évangile de Matthieu, Jésus annonce par trois fois sa passion, sa croix et sa résurrection. Même si la résurrection est toujours annoncée dans la foulée de la croix, cette perspective se heurte à une totale incompréhension de la part de ses auditeurs. Pierre, qui vient de répondre à la question de Jésus « Qui dites-vous que je suis? » par une confession de foi en bonne et due forme, refuse tout net cette éventualité. La deuxième annonce attriste les disciples. Seule la troisième annonce provoque une réaction, ô combien intéressée, de la part de la mère des fils de Zébédée. La résurrection est bien là, annoncée, pour ainsi dire programmée, mais personne n'est vraiment capable d'en comprendre le sens.
 
À chaque fois, Jésus recentre la perspective sur la croix: « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il renonce à lui-même et prenne sa croix » rétorque-t-il à Pierre; « pouvez-vous boire la coupe que je vais boire? » demande-t-il à la mère des fils de Zébédée. Quant aux pharisiens et aux grands-prêtres auditeurs de la parabole des métayers révoltés, en cherchant à arrêter Jésus, ils se comportent comme si cette parabole avait lié leur destin à celui, tragique, de Jésus. Pierre refuse la croix. L'annonce de la résurrection ne change rien à la tristesse des disciples. La mère des fils de Zébédée a bien vu se profiler derrière l'annonce de la résurrection la perspective de l'inauguration du nouveau règne de Dieu; mais elle tente d'y obtenir des places privilégiées pour sa progéniture, comme si le monde à venir n'était qu'une réplique de l'ancien!
 
La plupart des actes, des leçons et des paraboles que Jésus accomplit ou raconte dans ces sept chapitres sont donc à placer « sous la croix ». Jésus multiplie les provocations qui ne peuvent manquer de l'y conduire: il dénonce les injustices patentes de l'ordre religieux établi, comme la possibilité d'échapper à l'obligation de nourrir ses parents en faisant des offrandes au temple; en chassant les marchands et les changeurs grâce auxquels la pureté du temple peut être maintenue, il porte radicalement atteinte au fondement même de l'identité religieuse de ses concitoyens. Dans la même ligne que le sermon sur la montagne, il place de plus en plus haut la barre d'accès au Royaume de Dieu: alors que la morale pharisienne se contente sagement de marques extérieures, il exige une impeccable pureté de coeur. Par deux fois, il requiert de ses disciples une foi à déplacer le montagnes. Il renvoie ceux qui demandent des signes à la déception de Jonas devant Ninive. Dans le même temps, il distribue à tout va aux gens de peu les signes d'un accès généreux et gratuit à ce même royaume: il félicite pour la vigueur de sa foi une cananéenne pleine d'à propos et de sans gène, il se paye le luxe d'une seconde muliplication des pains, guérit toutes sortes d'infirmités. Seuls intéressent Jésus ceux qui sont en manque: la cananéenne qui ne réclame que des miettes, la brebis égarée, les ouvriers de la onzième heure, le jeune homme riche qui se demande « que me manque-t-il encore? » et qui repartira plus vide encore qu'il n'était venu. Il réduit à néant les illusions de ceux qui pensent être en mesure de faire valoir quelque chose pour leur salut: des richesses, de la vertu ou même de la foi. Pire: il les nargue! Celui qui prétend gagner par ses propres ressources ce que Dieu donne gratuitement s'entend dire qu'il est perdu d'avance. Insupportable!
 
Deux terribles paraboles nous racontent l'échec de l'avènement du royaume: un débiteur endetté jusqu'au cou ne comprend rien à l'extraordinaire générosité de son créancier et continue de persécuter ses propres débiteurs pour être aussitôt dénoncé par ses compagnons et finir sous les coups du bourreau; des métayers récalcitrants assassinent l'héritier que leur maître leur avait envoyé en ultime recours. Comme si Jésus se rendait compte de l'impasse dans laquelle il s'est fourvoyé.
 
Pourtant, ce Jésus qui fonce de plus en plus vite dans le mur, le récit de la transfiguration nous annonce que Dieu l'a élu comme son fils. Mais c'est pour le faire redescendre seul des hauteurs lumineuses et nébuleuses de la montagne sacrée. Que se passera-t-il une fois atteint le mur infranchissable de la croix? La fin du récit de la transfiguration nous donne peut-être un indice: rejoignant seul ses disciples écrasés de terreur par la vision dont ils ont été les témoins, il s'approche d'eux, les touche et leur dit: « Relevez-vous! Soyez sans crainte! ».Jésus seul sur la croix et après: « Relevez-vous! Soyez sans crainte! ». L'expérience de la résurrection se trouve concentré dans ces paroles toutes simples.

pour les iconophobes

« La porte du Paradis. »

(Témoignage)
 
«J'avais à coup sûr cherché avec ardeur à connaître ce que dit Paul dans l'Épitre aux Romains. Mais je me heurtais jusqu'alors non à un manque de ferveur, mais à un mot unique du chapitre premier, où on lit « La justice de Dieu est révélée dans I'Évangile ». Je détestais ce mot de «justice de Dieu» que l'usage et la coutume de tous les docteurs m'avaient appris à comprendre philosophiquement comme la justice par laquelle Dieu est juste et punit les pécheurs et ceux qui sont injustes...
Le moine que j'étais n'avait guère de reproches à se faire. Ma conscience cependant était inquiète. Devant Dieu, je ne pouvais me considérer que comme pécheur, sans espérer que mes bonnes actions réussiraient à apaiser la justice divine. Je n'aimais pas ce Dieu juste qui punit les pécheurs, je le haïssais. ... Je me révoltais contre lui. Ne suffit-il pas, me disais-je, que les pauvres pécheurs voués à l'enfer par le péché originel soient en butte à toutes les calamités par la tyrannie des dix commandements? Faut-il que Dieu ajoute encore à notre malheur au moyen de l'Évangile, en se servant aussi de lui pour nous signifier sa justice vengeresse?...
Dieu finit par avoir pitié de moi. A force de méditer jour et nuit ces mots: « la justice de Dieu est révélée dans l'Evangile selon ce qui est écrit: Le juste vit de la foi», pour découvrir le lien qu'ils avaient ensemble, je commençai à comprendre que la justice de Dieu, ici, est celle par laquelle le juste vit grâce au don de Dieu, c'est-à-dire par la foi. L'idée de Paul est que l'Évangile révèle une justice de Dieu en nous, une justice par laquelle Dieu, par pure bonté, nous rend justes moyennant la foi. C'est en ce sens qu'il est dit que le juste vit de la foi. Je me sentis alors absolument renaître. J'entrai au paradis toutes portes ouvertes. L'Écriture prit à mes yeux un autre visage...
Autant j'avais haï les mots «justice de Dieu», autant je me mis à exalter cette façon de parler qui m'était devenue très douce. Le texte de Paul devint vraiment pour moi la porte du paradis.»
...
Le moine qui s'exprime ainsi aurait bien pu le rester et la porte du paradis serait pour nous restée close. S'il n'en a pas été ainsi, c'est que ce moine s'appelle Martin Luther.
Depuis la mort de Jésus sur la croix, elle était bien pourtant restée grande ouverte, cette porte. Mais l'histoire des siècles passés en avait encombré le seuil de tant de fatras inutiles. Le vent de l'Esprit souffla si fort au travers elle qu'il suscita une sainte colère chez le frère Martin et que cette colère déclencha la grande tempête des Réformes. Le dégagement de cette ouverture ne se fit pas sans pleurs, ni grincements de dents, il suscita tant d'incompréhensions et de haines qu'un immense charnier faillit à nouveau en barrer l'accès. Dieu merci, ce ne sont ni leur ¤uvres passées, ni leurs ¤uvres à venir qui justifient l'existence de nos Églises. Elles n'ont jamais été, ne sont et ne seront jamais que les parvis de cette porte que nul ne peut refermer.
Ce que dit Paul à propos de la justice de Dieu et ce que Martin Luther répète après lui est très clair. Qu'on ne nous dise pas que l'histoire nous rend étrangers à leur propos. Sans doute, l'évocation du Paradis, de la vie éternelle ou du Royaume de Dieu ne suscite plus en nous ni les mêmes images, ni les mêmes espérances. Mais la porte est là, toujours ouverte sur un salut offert ici et maintenant, dans et pour ce monde-ci. C'est nous qui ne voulons pas entendre, parce que nous ne comprenons que trop bien: notre humanité, avant tout soucieuse de ne rien devoir qu'à elle-même, y compris la justification de sa place dans l'univers, n'a jamais cessé de considérer cette ouverture que Dieu nous fait avec suspicion ou scandale.
Aussi, en feuilletant les pages de l'Épitre aux Romain, prends garde de ne pas passer à coté d'elle sans la voir, ou en feignant de l'ignorer: c'est en passant par elle, et seulement par elle, que ton cheminement avec l'apôtre Paul te conduira, comme Martin Luther, à la porte du paradis.
 

pour les iconophobes