MORTS DE RIRE

Il y a bien longtemps que c'en est fini des vieux dieux. Et en vérité ils eurent une bonne fin de dieux: pleine de joie!

Ils n'ont pas décliné en un long crépuscule jusqu'à la mort. C'est le mensonge que l'on raconte! Bien au contraire: ils se sont simplement tués : de rire!

Cela arriva lorsque le mot le plus impie vint d'un dieu lui-même : le mot "Il est un Dieu! Tu n'auras pas d'autre Dieu à part moi!"

Un vieux dieu à la barbe rageuse, un jaloux, s'oublia ainsi.

Et tous les dieux rirent alors en vacillant sur leurs chaises et ils s'écrièrent : "N'est-ce pas cela la divinité, qu'il y ait des dieux, mais pas un Dieu?"

Que celui qui a des oreilles entende.

Friedrich Nietzsche Ainsi parlait Zarathoustra (des rénégats 2)

UN BON JOB!

...Et le Seigneur fit un pari avec Satan pour éprouver la loyauté de Job, et le Seigneur, sans raison valable, frappa Job sur la tête, puis le frappa encore sur l'oreille droite et le poussa dans un chaudron de sauce Béchamel de façon à rendre Job gluant et sale, ensuite de quoi I1 coupa une tranche de la vache de Job, et Job s'écria:

&emdash;Pourquoi découpes-Tu ma vache ? Les vaches coûtent cher ! Maintenant, il me manque un morceau de vache, et justement le meilleur !

Alors le Seigneur apporta les Tables de la Loi, et coinça dedans le nez de Job. Et quand la femme de Job vit cela elle se lamenta, et le Seigneur lui envoya un Ange de Miséricorde qui lui oignit la tête à coups de maillet de polo, et des dix Plaies d'Egypte, le Seigneur lui envoya les six premières inclusivement, et Job eut des tas de douleurs, et sa fernme fut très en colère et jeta de la cendre sur ses vêtements, et refusa de se brosser.

Alors les pâturages de Job se desséchèrent et sa langue se souda à son palais, si bien qu'il ne pouvait plus prononcer le mot "encens" sans provoquer l'hilarité générale.

Et un jour que le Seigneur, alors qu'il s'apprétait à jeter un nouveau sort sur son fidèle serviteur, s'était approché un poil trop près, Job l'empoigna par le cou et s'écria:

&emdash;Ah, ah ! Maintenant, je Te tiens I Pourquoi me fais-Tu endurer toutes ces avanies, hein ? Hein ? Mais parleras-Tu ?

Et le Seigneur dit:

&emdash;Eh! Attention! C'est mon cou que tu tiens !... Veux-tu bien me lâcher !

Mais Job fut insensible à la pitié et dit:

&emdash;Tout marchait très bien avant Ton arrivée ! J'avais de la myrrhe en abondance, ainsi que des figuiers, et aussi un manteau de toutes les couleurs avec deux pantalons assortis ! Et maintenant, regarde-moi !

Et le Seigneur parla d'une voix tonnante:

&emdash;Suis-je donc obligé, Moi qui ai créé le ciel et la terre, de t'expliquer mes moindres actions? Qu'as-tu donc créé, toi qui oses me questionner ?

&emdash;Ce n'est pas une réponse, fit Job. Et pour quelqu'un qui se déclare Tout-Puissant, laisse-moi Te dire que « tabernacle ne prend qu'un 1!

Alors Job tomba à genoux et cria au Seigneur:

&emdash;Ton royaume détient la puissance et la gloire! Tu as un bon boulot, essaie de le faire correctement !

Woody Allen, Dieu, Shakespeare et Moi - Opus 1, Virgule, Seuil, Paris 1975

Le Peuple Français auquel j'appartiens

Préambule de la constitution du 27 octobre 1946
repris par la constitution du 4 octobre 1958

Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d'asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. Il réaffirme solennellement les droits et les libertés de 1'homme et du citoyen consacrés par la Déclaration des Droits de 1789 et les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République.

Il proclame, en outre, comme particulièrement nécessaires à notre temps, les principes politiques, économiques et sociaux ci-après:
La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l'homme.
Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d'asile sur les territoires de la République.
Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi. Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinIons ou de ses croyances.
Tout homme peut défendre ses droits et ses intérêts par 1'action syndicale et adhérer au syndicat de son choix.
Le droit de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le réglementent.
Tout travailleur participe, par l'intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu'à la gestion des entreprises.
Tout bien, toute entreprise, dont 1'exploitation a ou acquiert les caractères d'un service public national ou d'un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité.
La Nation assure à 1'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement.
Elle garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qiu, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans 1'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence.
La Nation proclame la solidarité et l'égalité de tous les Français devant les charges qui résultent des calamités nationales.
La Nation garantit l'égal acces de 1'enfant et de 1'adulte à 1'imstruction, à la formation professionnelle et à la culture. L'organisation de l'enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de 1'Etat.
La République française, fidèle à ses traditions, se conforme aux règles du droit public international. Elle n'entreprendra aucune guerre dans des vues de conquête et n'emploiera jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple.
Sous réserve de réciprocité, la France consent aux limitations de souveraineté nécessaires à l'organisation et à la défense de la paix.
La France forme avec les peuples d'outre-mer une Union fondée sur l'égalité des droits et des devoirs, sans distinction de race ni de religion.
L'Union Française est composée de nations et de peuples qui mettent en commun ou coordonnent leurs ressources et leurs efforts pour développer leurs civilisations respectives, accroitre leur bien-être et assurer leur sécurité.
Fidèle à sa mission traditionnelle, la France entend conduire les peuples dont elle a pris la charge à la liberté de s'administrer eux-mêmes et de gérer démocratiquement leurs propres affaires; écartant tout système de colonisation fondé sur l'arbitraire, elle garantit à tous l'égal accès aux fonctions publiques et l'exercice individuel ou collectif des droits et libertés proclamés ou confirmés ci-dessus.