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Démarche
Il s'agit pour le Synode National de l'Église
Réformée de France d'approuver
l'«Affirmation Commune de Reuilly» à
laquelle a abouti le dialogue entre le Comité
Permanent Luthéro-Réformé et
l'Église d'Angleterre en ratifiant la
«Déclaration Commune de Reuilly» qui en est
la conclusion. Le Synode National nous demande de recevoir
cette «Affirmation Commune de Reuilly» en donnant
un avis favorable à la ratification de la
«Déclaration Commune de Reuilly». L'objet
de cette démarche est de dire dans quelle mesure et
avec quelle autorité les textes soumis à
examen s'inscrivent dans les principes de notre
Déclaration de Foi.
L'enjeu réside dans la reconnaissance
réciproque de nos Églises «comme
appartenant à l'Eglise de Jésus-Christ, une,
sainte, catholique et apostolique». Cette
reconnaissance se fonde sur la constat fait par
l'«Affirmation Commune de Reuilly» d'un accord
fondamental dans la foi, sur une compréhension
commune de la nature et de la raison d'être de
l'Église et sur une convergence des points de vue
quant à l'apostolicité de l'Église et
le ministère. Cette reconnaissance ouvre des
perspectives d'approfondissement de la communion entre nos
Églises.
Pratiquement, il s'agit d'instaurer à terme entre
nos Églises des relations aussi étroites que
celles que, depuis 1973, la «Concorde de
Leuenberg» a permis d'établir en France entre
l'ERF et les Églises Luthériennes (EELF et
ECAL): hospitalité à la Cène,
échange de ministres, possibilité pour un
membre venant de l'une de ces Églises de participer
pleinement à la vie d'une église locale
rattachée à une autre Église sans
renoncer à sa confession d'origine,
célébrations communes, etc...
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Historique
Depuis sa constitution en 1938, suivant en cela sa
Déclaration de Foi qui l'invite à
«travailler à l'unité du corps du
Christ», notre Église est résolument
engagée dans le dialogue interconfessionnel. Pour
notre Église, un des acquis récents les plus
significatifs de cet effort est sans doute la «Concorde
de Leuenberg» signée en 1973 et par laquelle les
Églises Réformées, Unies et
Luthériennes d'Europe se déclarent en pleine
communion ecclésiale.
En 1988, la Fédération des Églises
Évangéliques en RDA, l'Église
Évangélique d'Allemagne, déjà
signataires de la «Concorde de Leuenberg», signent
avec l'Église d'Angleterre un accord du même
type: l'«Affirmation de Meissen».
En 1990, par l'intermédiaire du Comité
Permanent Luthéro-réformé, notre
Église propose à l'Église d'Angleterre
d'étendre les dispositions de l'«Affirmation de
Meissen» aux Églises membres du Comité
Permanent Luthéro-Réformé. Suite
à cette proposition, il est décidé
d'ouvrir un dialogue spécifique entre le
Comité Permanent Luthéro-Réformé
et l'Église d'Angleterre en vue d'aboutir à
une affirmation commune similaire à
l'«Affirmation de Meissen».
En 1992, une première rencontre a lieu à
Versailles, année où est conclu entre les
Églises Anglicanes des îles britanniques et les
Églises Luthériennes de Scandinavie et des
Pays Baltes l'«Accord de Porvoo» dont la
déclaration finale présente une structure
identique à celles de Meissen et de Reuilly.
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Contenu
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Économie
générale:
L'élément essentiel de l'«Affirmation
Commune de Reuilly» est la «Déclaration
Commune de Reuilly». Sur la base des
éléments de concensus et de convergence
constatés dans les chapitres
précédents, les membres signataires de
l'«Affirmation Commune de Reuilly» demandent
à leurs Églises respectives de «faire
cette déclaration». D'un point de vue plus
historique, l'«Affirmation Commune de Reuilly»
rend-compte de façon détaillée d'un
travail de dialogue dont la «Déclaration Commune
de Reuilly» est le résultat. D'un point de vue
juridique, elle rassemble de façon concise et
accessible les conclusions des sept chapitres qui la
précèdent et qui en sont les attendus.
Les deux paragraphes A et B de la Déclaration
correspondent à l'économie globale de
l'Affirmation: d'une part reconnaissance des
éléments de concensus et des points de
convergence et d'autre part, engagements à
approfondir la communion et à poursuivre le travail
commun sur les voies ouvertes par cette reconnaissance
mutuelle. Comme dans beaucoup d'autres accords de ce type,
la distinction faite entre éléments de
concensus et points de convergence vient recouper cette
division entre constats et engagements. Elle permet de
mettre d'abord en évidence les éléments
sur lesquels il n'y a aucun problème pour ensuite
concentrer le travail de dialogue présent et à
venir sur les points où la diversité des
approches fait obstacle à la pleine communion.
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Affirmer un concensus
Les éléments de concensus s'appuient tous
sur la définition de l'Église reprise par
toutes les confessions réformés à la
suite de la Confession d'Augsbourg: «L'Église
est l'assemblée de tous les croyants auprès
desquels l'Évangile est prêché purement
et les saints sacrements administrés
conformément à l'Évangile. Pour que
soit assurée l'unité véritable de
l'Église chrétienne, il suffit d'un accord
unanime dans la prédication de l'Évangile et
l'administration des sacrements conformément à
la Parole de Dieu» (CA VII, traduction de la
version allemande). Cela signifie que pour l'Église
d'Angleterre comme pour les Églises
Réformées ou Luthérienne,
l'Église ne s'interpose pas entre le Christ et le
croyant, mais qu'elle est dans le même temps
l'assemblée des croyants et l'instrument
fidèle et transparent de la Parole de Dieu.
En ce qui concerne les «convergences», le
synode doit être particulièrement attentif
à la manière dont la diversité de nos
traditions est envisagée par le § I.A.25 de
l'Affirmation dont au moins deux phrases méritent
d'être citées: «La pleine unité
visible ne doit pas être confondue avec
l'uniformité: l'unité du Christ n'existe pas
en dépit de la diversité ou en opposition avec
elle, mais elle est donnée avec et dans la
diversité... Les diversités qui sont
enracinées dans le témoignage biblique, les
traditions théologiques, les spiritualités,
les liturgies et les expressions du ministère, et
dans les divers contextes culturels, éthniques ou
historiques, font partie intégrante de la nature
même de la communion.» Ceux d'entre nous qui
sont soucieux de préserver les
spécificités de notre petit protestantisme
réformé français comme ceux qui
plaident depuis longtemps pour un Īcuménisme de la
différence ne pourront que se réjouir de ce
que ces idées aient fini par faire leur chemin.
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Tracer des lignes de
convergence
Dans cet état d'esprit, l'affirmation tente de
tracer des lignes de convergence à partir du point
sur lesquels le dialogue Réformé-Anglican a
jusque là achoppé, à savoir une
conception de l'apostolicité et donc d'une pleine
unité visible de l'Église fondée sur la
succession des évêques. Ceci explique que
l'Église d'Angleterre pose comme une étape
ultérieure du dialogue qu'elle appelle
«réconciliation des Églises et des
ministères» «la constitution d'un
ministère réconcilié et commun, dans la
succession épiscopale historique, allant de pair avec
la mise en place de formes collégiales et
conciliaires de vigilance pastorale» (§
IV.B.27). Le chapitre VI est une tentative de rapprochement
par petites touches des conceptions Anglicanes,
Réformées et Luthériennes en la
matière. Il se termine par les affirmations selon
lesquelles:
- les luthériens et les réformés
«peuvent reconnaître dans la succession
épiscopale historique un signe de
l'apostolicité de l'Église», mais
«ne la considèrent pas comme une condition
indispensable à la pleine unité
visible» (§ VI.B.38),
- «les anglicans reconnaissent de plus en plus
qu'une continuité dans la foi, le culte et la mission
apostolique a été préservée dans
des Églises qui n'ont pas retenu la succession
épiscopale historique.» (§ VI.B.39)
La conséquence pratique la plus importante de
cette insuffisante convergence est que la pleine
interchangeabilité des ministres, telle qu'elle est
pratiquée entre réformés et
luthériens depuis la Concorde de Leuenberg, est
seulement proposée comme un objectif à
atteindre dans la poursuite du dialogue.
Il faut enfin signaler à l'attention de ceux
d'entre nous qui sont soucieux d'élargir le dialogue
Īcuménique aux Églises unitariennes et
monophysites que si les affirmations trinitaires sont
absentes de la Déclaration, elles sont
considérées et reconnues comme constitutives
du dialogue Īcuménique dans les sept premiers
chapitres de l'Affirmation.
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Recommandations et réserves.
Le rapporteur propose donc au Synode Régional
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1°) de donner un
avis favorable à la ratification de la
«Déclaration de Reuilly» par le Synode
National.
2°) de recevoir l'«Affirmation de
Reuilly» dans la reconnaissance pour le travail
accompli et dans l'espérance que les engagements
auxquels il s'associe porteront rapidement leurs fruits.
3°) de rassembler les avis, remarques,
suggestions des membres du Synode Régional pour
transmission au rapporteur du Synode National.
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4°) d'émettre les
réserves suivantes:
- a) En ce qui concerne l'apostolicité,
l'Affirmation semble concéder le caractère de
visibilité historique à la seule succession
des évêques. Il y a d'autres signes
historiquement visibles de la participation d'une
Église à la succession apostolique. Pour les
réformés, le signe le plus tangible de la
succession apostolique ne réside pas dans la
chaîne des évêques, mais dans la
transmission de génération en
génération des Écritures en tant
qu'elles sont le véhicule premier du
témoignage évangélique dont les
apôtres ont été chargés. Aussi le
Synode Régional soutient qu'«une certaine
continuité dans la foi, le culte et la
mission apostolique» n'a pas seulement
été préservée, mais que,
comme le confesse sa Déclaration de Foi,
«avec ses pères et ses martyrs, avec toutes
les Églises issues de la Réforme»,
l'Eglise Réformée de France n'a jamais
cessé d'affirmer «la
perpétuité de la foi
chrétienne», s'incrivant ainsi pleinement
dans la continuité de la foi, du culte et de
la mission apostolique.
- b) Au moment où le dialogue interconfessionnel
tente de recoudre les déchirures provoquées au
sein de l'Église d'Occident au 16ème
siècle, il serait souhaitable que ces tentatives ne
contribuent pas à élargir le fossé
creusé dès le début de l'ère
chrétienne entre chrétiens trinitaires et
chrétiens non trinitaires ou monophysites. Dans sa
Déclaration de Foi, l'Église
Réformée de France reconnait aux Symboles
Îcuméniques issus de cette période de
l'histoire de l'Église leur valeur d'expressions
historiques de la foi. Elle se réclame de la
tradition spécifique qu'ils instaurent. Mais elle
laisse aussi ouverte la possibilité de ne pas
considérer les affirmations qu'ils formulent quant
à la nature ou à l'essence même du Dieu
unique comme des dogmes universels ou éternels. Le
Synode Régional souhaite que l'emploi des formules
trinitaires dans les textes d'accord interconfessionnel
n'interdise pas au dialogue Īcuménique de
s'élargir aux Églises unitariennes.
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