L'AFFIRMATION DE REUILLY

À PROPOS D'UN TEXTE D'ACCORD ENTRE RÉFORMÉS FRANÇAIS ET ANGLICANS

Rapport au Synode Régional Cévennes-Languedoc-Roussillon

  1. Démarche
  2. Historique
  3. Économie générale
  4. Concensus
  5. Convergence
  6. Recommandations
  7. Réserves

Démarche

Il s'agit pour le Synode National de l'Église Réformée de France d'approuver l'«Affirmation Commune de Reuilly» à laquelle a abouti le dialogue entre le Comité Permanent Luthéro-Réformé et l'Église d'Angleterre en ratifiant la «Déclaration Commune de Reuilly» qui en est la conclusion. Le Synode National nous demande de recevoir cette «Affirmation Commune de Reuilly» en donnant un avis favorable à la ratification de la «Déclaration Commune de Reuilly». L'objet de cette démarche est de dire dans quelle mesure et avec quelle autorité les textes soumis à examen s'inscrivent dans les principes de notre Déclaration de Foi.

L'enjeu réside dans la reconnaissance réciproque de nos Églises «comme appartenant à l'Eglise de Jésus-Christ, une, sainte, catholique et apostolique». Cette reconnaissance se fonde sur la constat fait par l'«Affirmation Commune de Reuilly» d'un accord fondamental dans la foi, sur une compréhension commune de la nature et de la raison d'être de l'Église et sur une convergence des points de vue quant à l'apostolicité de l'Église et le ministère. Cette reconnaissance ouvre des perspectives d'approfondissement de la communion entre nos Églises.

Pratiquement, il s'agit d'instaurer à terme entre nos Églises des relations aussi étroites que celles que, depuis 1973, la «Concorde de Leuenberg» a permis d'établir en France entre l'ERF et les Églises Luthériennes (EELF et ECAL): hospitalité à la Cène, échange de ministres, possibilité pour un membre venant de l'une de ces Églises de participer pleinement à la vie d'une église locale rattachée à une autre Église sans renoncer à sa confession d'origine, célébrations communes, etc...

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Historique

Depuis sa constitution en 1938, suivant en cela sa Déclaration de Foi qui l'invite à «travailler à l'unité du corps du Christ», notre Église est résolument engagée dans le dialogue interconfessionnel. Pour notre Église, un des acquis récents les plus significatifs de cet effort est sans doute la «Concorde de Leuenberg» signée en 1973 et par laquelle les Églises Réformées, Unies et Luthériennes d'Europe se déclarent en pleine communion ecclésiale.

En 1988, la Fédération des Églises Évangéliques en RDA, l'Église Évangélique d'Allemagne, déjà signataires de la «Concorde de Leuenberg», signent avec l'Église d'Angleterre un accord du même type: l'«Affirmation de Meissen».

En 1990, par l'intermédiaire du Comité Permanent Luthéro-réformé, notre Église propose à l'Église d'Angleterre d'étendre les dispositions de l'«Affirmation de Meissen» aux Églises membres du Comité Permanent Luthéro-Réformé. Suite à cette proposition, il est décidé d'ouvrir un dialogue spécifique entre le Comité Permanent Luthéro-Réformé et l'Église d'Angleterre en vue d'aboutir à une affirmation commune similaire à l'«Affirmation de Meissen».

En 1992, une première rencontre a lieu à Versailles, année où est conclu entre les Églises Anglicanes des îles britanniques et les Églises Luthériennes de Scandinavie et des Pays Baltes l'«Accord de Porvoo» dont la déclaration finale présente une structure identique à celles de Meissen et de Reuilly.

Contenu

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  3. Économie générale
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Économie générale:

L'élément essentiel de l'«Affirmation Commune de Reuilly» est la «Déclaration Commune de Reuilly». Sur la base des éléments de concensus et de convergence constatés dans les chapitres précédents, les membres signataires de l'«Affirmation Commune de Reuilly» demandent à leurs Églises respectives de «faire cette déclaration». D'un point de vue plus historique, l'«Affirmation Commune de Reuilly» rend-compte de façon détaillée d'un travail de dialogue dont la «Déclaration Commune de Reuilly» est le résultat. D'un point de vue juridique, elle rassemble de façon concise et accessible les conclusions des sept chapitres qui la précèdent et qui en sont les attendus.

Les deux paragraphes A et B de la Déclaration correspondent à l'économie globale de l'Affirmation: d'une part reconnaissance des éléments de concensus et des points de convergence et d'autre part, engagements à approfondir la communion et à poursuivre le travail commun sur les voies ouvertes par cette reconnaissance mutuelle. Comme dans beaucoup d'autres accords de ce type, la distinction faite entre éléments de concensus et points de convergence vient recouper cette division entre constats et engagements. Elle permet de mettre d'abord en évidence les éléments sur lesquels il n'y a aucun problème pour ensuite concentrer le travail de dialogue présent et à venir sur les points où la diversité des approches fait obstacle à la pleine communion.

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Affirmer un concensus

Les éléments de concensus s'appuient tous sur la définition de l'Église reprise par toutes les confessions réformés à la suite de la Confession d'Augsbourg: «L'Église est l'assemblée de tous les croyants auprès desquels l'Évangile est prêché purement et les saints sacrements administrés conformément à l'Évangile. Pour que soit assurée l'unité véritable de l'Église chrétienne, il suffit d'un accord unanime dans la prédication de l'Évangile et l'administration des sacrements conformément à la Parole de Dieu» (CA VII, traduction de la version allemande). Cela signifie que pour l'Église d'Angleterre comme pour les Églises Réformées ou Luthérienne, l'Église ne s'interpose pas entre le Christ et le croyant, mais qu'elle est dans le même temps l'assemblée des croyants et l'instrument fidèle et transparent de la Parole de Dieu.

En ce qui concerne les «convergences», le synode doit être particulièrement attentif à la manière dont la diversité de nos traditions est envisagée par le § I.A.25 de l'Affirmation dont au moins deux phrases méritent d'être citées: «La pleine unité visible ne doit pas être confondue avec l'uniformité: l'unité du Christ n'existe pas en dépit de la diversité ou en opposition avec elle, mais elle est donnée avec et dans la diversité... Les diversités qui sont enracinées dans le témoignage biblique, les traditions théologiques, les spiritualités, les liturgies et les expressions du ministère, et dans les divers contextes culturels, éthniques ou historiques, font partie intégrante de la nature même de la communion.» Ceux d'entre nous qui sont soucieux de préserver les spécificités de notre petit protestantisme réformé français comme ceux qui plaident depuis longtemps pour un Īcuménisme de la différence ne pourront que se réjouir de ce que ces idées aient fini par faire leur chemin.

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Tracer des lignes de convergence

Dans cet état d'esprit, l'affirmation tente de tracer des lignes de convergence à partir du point sur lesquels le dialogue Réformé-Anglican a jusque là achoppé, à savoir une conception de l'apostolicité et donc d'une pleine unité visible de l'Église fondée sur la succession des évêques. Ceci explique que l'Église d'Angleterre pose comme une étape ultérieure du dialogue qu'elle appelle «réconciliation des Églises et des ministères» «la constitution d'un ministère réconcilié et commun, dans la succession épiscopale historique, allant de pair avec la mise en place de formes collégiales et conciliaires de vigilance pastorale» (§ IV.B.27). Le chapitre VI est une tentative de rapprochement par petites touches des conceptions Anglicanes, Réformées et Luthériennes en la matière. Il se termine par les affirmations selon lesquelles:

- les luthériens et les réformés «peuvent reconnaître dans la succession épiscopale historique un signe de l'apostolicité de l'Église», mais «ne la considèrent pas comme une condition indispensable à la pleine unité visible» (§ VI.B.38),

- «les anglicans reconnaissent de plus en plus qu'une continuité dans la foi, le culte et la mission apostolique a été préservée dans des Églises qui n'ont pas retenu la succession épiscopale historique.» (§ VI.B.39)

La conséquence pratique la plus importante de cette insuffisante convergence est que la pleine interchangeabilité des ministres, telle qu'elle est pratiquée entre réformés et luthériens depuis la Concorde de Leuenberg, est seulement proposée comme un objectif à atteindre dans la poursuite du dialogue.

Il faut enfin signaler à l'attention de ceux d'entre nous qui sont soucieux d'élargir le dialogue Īcuménique aux Églises unitariennes et monophysites que si les affirmations trinitaires sont absentes de la Déclaration, elles sont considérées et reconnues comme constitutives du dialogue Īcuménique dans les sept premiers chapitres de l'Affirmation.

Recommandations et réserves.

Le rapporteur propose donc au Synode Régional

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1°) de donner un avis favorable à la ratification de la «Déclaration de Reuilly» par le Synode National.

2°) de recevoir l'«Affirmation de Reuilly» dans la reconnaissance pour le travail accompli et dans l'espérance que les engagements auxquels il s'associe porteront rapidement leurs fruits.

3°) de rassembler les avis, remarques, suggestions des membres du Synode Régional pour transmission au rapporteur du Synode National.

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  7. Réserves

4°) d'émettre les réserves suivantes:

- a) En ce qui concerne l'apostolicité, l'Affirmation semble concéder le caractère de visibilité historique à la seule succession des évêques. Il y a d'autres signes historiquement visibles de la participation d'une Église à la succession apostolique. Pour les réformés, le signe le plus tangible de la succession apostolique ne réside pas dans la chaîne des évêques, mais dans la transmission de génération en génération des Écritures en tant qu'elles sont le véhicule premier du témoignage évangélique dont les apôtres ont été chargés. Aussi le Synode Régional soutient qu'«une certaine continuité dans la foi, le culte et la mission apostolique» n'a pas seulement été préservée, mais que, comme le confesse sa Déclaration de Foi, «avec ses pères et ses martyrs, avec toutes les Églises issues de la Réforme», l'Eglise Réformée de France n'a jamais cessé d'affirmer «la perpétuité de la foi chrétienne», s'incrivant ainsi pleinement dans la continuité de la foi, du culte et de la mission apostolique.

- b) Au moment où le dialogue interconfessionnel tente de recoudre les déchirures provoquées au sein de l'Église d'Occident au 16ème siècle, il serait souhaitable que ces tentatives ne contribuent pas à élargir le fossé creusé dès le début de l'ère chrétienne entre chrétiens trinitaires et chrétiens non trinitaires ou monophysites. Dans sa Déclaration de Foi, l'Église Réformée de France reconnait aux Symboles Îcuméniques issus de cette période de l'histoire de l'Église leur valeur d'expressions historiques de la foi. Elle se réclame de la tradition spécifique qu'ils instaurent. Mais elle laisse aussi ouverte la possibilité de ne pas considérer les affirmations qu'ils formulent quant à la nature ou à l'essence même du Dieu unique comme des dogmes universels ou éternels. Le Synode Régional souhaite que l'emploi des formules trinitaires dans les textes d'accord interconfessionnel n'interdise pas au dialogue Īcuménique de s'élargir aux Églises unitariennes.