Bénir les Pacs? pourquoi pas!
- Une fois de plus, notre représentation nationale n'aura pas manqué une occasion de se ridiculiser: texte de loi mal fagoté, absentéisme le jour du vote de la Loi, peur d'affronter les électeurs sur un sujet glissant et peu balisé idéologiquement. La bombe médiatique a fait un flop.
- Le plus comique, c'est d'entendre nos députés et nos sénateurs calotins, suivis de leurs évêques, oublier dans leur défense et illustration des valeurs de la famille qu'ils font partie d'une confession chrétienne qui ne reconnaît toujours pas sa valeur au mariage civil et pour laquelle le seul mariage qui vaille et dont on affirme l'indissolubilité, c'est celui célébré devant Monsieur le Curé.
- Il ne faudrait pas que de cette farce, les protestants français ne se retrouvent une fois de plus les dindons. Pour des raisons historiques, les protestants français ont dès l'origine reconnu la validité de l'Etat Civil du mariage et y ont adapté leur doctrine religieuse. Avant la promulgation par Louis XVI de l'Edit de Tolérance, les protestants contractaient des Pacs ... devant notaire. Et à l'occasion de quelque rare assemblée plus ou moins clandestine, le pasteur prononçait sur le couple la bénédiction de Dieu. Leurs assemblées ne sont plus clandestines, mais depuis, il en est toujours ainsi. La publication de la volonté de vivre comme mari et femme se fait à la mairie, devant la société civile et la bénédiction n'intervient qu'à la suite de ce constat public. Il est le plus souvent nécessaire au pasteur de rappeler cela aux futurs époux pour lesquels mairie signifie froideur administrative et passage au temple chaleur et convivialité.
D'un point de vue légal, un certificat de Pacs vaut un certificat de mariage, dans l'esprit, sinon dans la lettre: c'est une déclaration publique de volonté de vivre en couple. Si tant est qu'on ne puisse contracter qu'un seul Pacs à la fois, cette exclusivité impose inscription sur un registre pour publication. Comme le mariage, le Pacs est un acte à la frontière des domaines privés et publics et il est marqué à cet égard des mêmes ambiguïtés. Que le préfet ou le juge d'instance en soient les récepteurs, le Pacs les transforme de fait en officiers d'Etat Civil. Le Pacs, c'est le mariage civil avec encore plus de froideur administrative et encore moins de chaleur et de convivialité. C'est un mariage définitivement désenchanté et ramené au rang d'une simple formalité: un mariage laïc à l'état pur. Le Pacs prive simplement les maires et leurs adjoints d'une occasion de ceindre leur écharpe tricolore et d'associer les trois couleurs à un événement important de la vie intime et civile de leur concitoyens. Les mairies seront moins gaies, voilà tout!
D'un point de vue religieux, l'invention du Pacs signifie que la République modifie les règles de l'Etat Civil. C'est son droit. Mais si la République se prive d'une occasion de faire la fête dans ses mairies, ce n'est pas une raison pour qu'on se dispense de la faire au temple. On ne pourra pas empêcher un pasteur de considérer qu'abstraction faite du sexe des contractants (nous y viendrons plus bas), un Pacs est un acte d'Etat Civil en bonne et dûe forme. Il sanctionne publiquement un projet conjugal volontaire, monogame qui s'inscrit dans la durée. Autrement dit, il donne une forme, une reconnaissance et une protection légale aux valeurs morales de confiance et de fidélité mutuelle. C'est précisément sur cette volonté, ce projet, cette confiance et cette fidélité commune et affirmée publiquement que porte la bénédiction de Dieu. Quant aux garanties d'irréversibilité, les dispositions légales du Pacs n'en offrent guère moins que celles du mariage civil tel qu'il a cours aujourd'hui. Quand à la bénédiction de Dieu, dans l'un et l'autre cas, elle n'offre pas d'autre garantie que celle de la foi; elle affirme que, malgré la précarité de nos existences et de nos projets, la confiance et la fidélité promises le sont pour toujours.
Certes! Mais le Pacs concerne aussi les couples homosexuels.
C'est même pour capter la masse électorale représentée par leur population qu'il a été créé. Il a été étendu à un maximum d'autres cas parce que les principes qui président à notre Constitution ne permettait pas qu'il en soit autrement: de même qu'il ne peut y avoir d'Etat Civil spécial pour les protestants, les catholiques, les bouddistes, les boulistes ou les pécheurs à la ligne, il ne peut y en avoir un pour les homosexuels. Il est donc heureux qu'on ait créé un cas général dans lequel les homosexuels puissent s'inscrire. Cela nous évite le retour des étoiles jaunes et des triangles roses. Si le Pacs passe, et il passera parce qu'il faut bien que le Congrès s'amuse devant les caméras, on s'apercevra vite que la législation du mariage n'en constitue plus qu'un cas particulier. Qu'on se décide enfin et pour des raisons de commodités, à faire contracter les Pacs à la Mairie et devant témoins et le mariage style empire sera devenu une curiosité historique.
Deux homosexuels se présentent devant un pasteur pour lui demander de préparer avec eux la bénédiction du Pacs qu'ils ont l'intention de contracter. Quelles raisons pastorales, morales ou religieuses trouvera-t-il pour accepter ou pour refuser? Les mêmes que celles qu'il pourrait invoquer concernant la bénédiction d'une union entre deux personnes de sexe différent. On ne refuse pas une bénédiction à partir du moment où elle est sincèrement demandée.
- Du coté biblique, le terrain est particulièrement glissant. À moins qu'il ne soit décidé à lapider le couple homosexuel qui s'adresse à lui , le pasteur se gardera d'invoquer les interdits du lévitique concernant l'homosexualité. Qu'il se prépare aussi à expliquer pourquoi la polygamie, dont les fondements bibliques sont pourtant incontestables, n'a plus court aujourd'hui dans nos cités. Nous ne sommes plus ni aux temps d'Abraham, ni aux temps du Lévitique.
- Le pasteur pourra bien sûr philosopher sur les vertus de l'altérité et de la différence avec un grand A et avec un grand D. Mais qu'il prenne garde alors à ce que sa prédication de mariage ne joue pas en sourdine la petite chanson du "marions-les, puisqu'ils se ressemblent". Les raisons qui conduisent à refuser la polygamie obligent à relativiser le rôle de la différence sexuelle dans une union exclusive. L'invention tardive de la monogamie porte en germe la victoire de l'altérité singulière sur toute forme d'identification généralisatrice. À partir du moment où l'on choisit de s'unir avec un seul être, on ne s'unit plus avec "un homme" ou "une femme" ou "un(e) homosexuel(le)" en général, mais avec quelqu'un d'autre en particulier. Choisir d'établir une relation exclusive avec un seul homme ou avec une seule femme, c'est privilégier sa singularité propre et faire passer au second rang son identité sexuelle.
- Après quoi, les difficultés de l'aventure conjugale peuvent se résumer en un combat permanent, incertain et souvent houleux entre l'autre et le même.
- Il faut être fou pour s'engager dans une aventure conjugale de longue durée. Couple homo- ou hétéro-sexuel, c'est hélas bien trop souvent dans la victoire du même que se résoud toute l'aventure. En la matière, la sagesse se trouve du coté de Dom Juan et de Casanova pour lesquels l'autre ne se conjugue qu'au pluriel et dans la fulgurance de l'instant. Et c'est précisément parce que parier sur une victoire durable de l'autre est une folie que la bénédiction de Dieu sur un tel projet conserve encore tout son sens.
- La seule chose que le pasteur puisse faire, c'est donc de prendre pastoralement au sérieux une demande formulée sérieusement; c'est de prendre au sérieux le désir de délimiter l'espace de la jouissance d'un Bien commun par un pacte qui en marque nettement la frontière; c'est de constater que l'injonction des dix commandements à respecter les biens mais aussi le Bien de son prochain et la manière dont il entend en jouir s'applique aussi à cet espace-là; c'est d'envisager la possibilité de prononcer sur le projet de construire un tel espace un "C'est bien!" initial et initiateur de la part de Dieu.
"Lorsque le PACS sera voté et que j'aurai un compagnon, daigneras tu bénir mon union dans ton temple? "
- Je me doutais bien que mon billet d'humeur m'engagerait sur cette voie inexplorée et, bien évidemment, semée d'embûches. Il s'agit d'abord pour moi de lancer un débat au sein de l'ERF. D'un autre coté, ma parole m'engage quelque peu. Mais jusqu'où?
- En dehors de ce débat, je n'ai pas l'intention de poser des "actes symboliques" sous les flashs des photographes de presse ou devant les
- caméras de la télévision. Je n'ai pas l'intention non plus d'agir en franc tireur ni de profiter de l'occasion pour devenir "le premier pasteur de l'ERF qui ..."
- Je souhaite avant tout qu'une bénédiction de Pacs hétéro- ou homo-sexuel soit à terme acceptée par nos communautés comme une pratique ordinaire.
- Je célébrerai donc des bénédictions de Pacs quand l'ERF se sera doté d'une liturgie de bénédiction de Pacs sans distinction quant à la nature des couples.
- Je souhaite que ce soit le plus tôt possible et j'entends bien faire en Synode une proposition de voeu allant dans le sens d'une intégration à la discipline de l'ERF d'une telle liturgie. Cela suppose que nous soyons suffisamment nombreux au prochain synode national pour soutenir ce voeu et mener à bien la rédaction d'un projet de liturgie à soumettre au synode suivant. Cela suppose par conséquent aussi un argumentaire solide et convaincant. Il ne me semble pas opportun de tenter un passage en force et je dois avouer que j'évalue mal quelles peuvent être les résistances à un tel projet. Puissions-nous éviter les maladresses dont a fait preuve notre représentation nationale...
- Je ne souhaite pas non plus, sauf exception et en tout cas jamais sans l'accord du pasteur et du Conseil Presbytéral du lieu, célébrer d'actes pastoraux en dehors de mon territoire de desserte. Tout simplement parce que comme c'est déjà le cas aujourd'hui pour les mariages (en attendant les Pacs), l'enjeu est toujours celui de l'intégration du couple dans la communauté au sein de laquelle est célébré la bénédiction. La reconnaissance du couple en tant que tel par la communauté appelée à en être témoin est constitutive de la bénédiction. Etant donné les préjugés, certes illégitimes, mais hélas bien réels, qui pèsent sur les homosexuels, je crois qu'il s'agit dans ce cas particulier d'un enjeu majeur.
- Seul un pasteur qui connait l'église locale au sein de laquelle la bénédiction sera célébrée peut juger, en accord avec le conseil presbytéral de cette église, de la capacité de la communauté à accepter sinon à reconnaître comme telle l'union sur laquelle porte la bénédiction.
Cosignataire du voeu synodal en faveur d'une étude sereine et dépassionnée de l'attitude de l'ERF à l'égard des homosexuels et de l'homosexualité adopté par le synode national lors de sa dernière session à Fréjus, je ne signerai pas l'appel rédigé par Christophe Lomon et ce pour plusieurs raisons:
- 1°) Le procédé de la pétition est déplacé. Il court-cricuite le fonctionnement normal des institutions de l'Eglise Réformée, ce qui va à l'encontre du souhait exprimé par le vÏu d'un débat serein et dépassionné. Cela contribue au contraire à sa dramatisation. Il convient de laisser le Conseil National se saisir de ce vÏu, d'en confier l'étude aux commissions et groupes d'étude concernés, de soumettre les résultats de cette étude aux Synodes Régionaux et par leur entremise aux Conseils Presbytéraux des Églises Locales.
- 2°) L'affirmation selon laquelle "de plus en plus de gays et de lesbiennes ..." est un argument de pure réthorique sans fondement sociologique. Il y a sans doute autant d'homosexuels chrétiens que par le passé. Je ne peux pas imaginer qu'on ait jamais dans nos églises refusé l'entrée de quelque enfant que ce soit à l'école biblique sous prétexte que l'un des ses parents était engagé dans une relation homosexuelle.
- 3°) Le désir homosexuel, dans la mesure où il se place sous la régulation des dix commandements, ne devraient plus provoquer aujourd'hui ni peur, ni honte. Mais l'emploi de l'expression "gays et lesbiennes" relève du vocabulaire habituel de la revendication communautariste: on ne demande pas à être accueilli comme une personne singulière, mais en tant que membre d'une communauté déjà constituée. Que l'orientation homosexuelle du désir d'un individu soit un aspect parmi d'autres de sa personnalité et de son identité, que cet aspect particulier ne doive pas constituer un obstacle à son accueil dans l'Église, cela va de soi. Mais que l'on revendique d'être accueilli dans l'Église en vertu de cette caractéristique particulière, c'est innacceptable au même titre qu'il est inacceptable que notre Église tolère en son sein, comme c'est hélas le cas, des communautés fondées sur l'origine éthnique ou nationale.
4°) Ce qui gène en ce qui concerne l'agrément d'un proposant par la commission des ministère de l'ERF, ce n'est pas l'orientation particulière de son désir, mais le fait qu'il soit engagé dans une relation homosexuelle. La demande d'entrée en proposanat vaut demande de reconnaissance publique de cette relation. Il en va de même pour les candidats engagés dans un concubinage hétérosexuel. Le moins que l'ERF puisse faire, c'est d'exiger des ses ministres l'engagement à une conjugalité stable garanti par un acte d'état civil. En l'absence de garantie d'état civil de type Pacs, l'ERF se trouve donc dans l'impossibilité d'agréer de tels ministres.
5°) D'une manière générale, je ne souhaite pas que l'ERF appelle ( et non accueille ) des ministres homosexuels. Je souhaite seulement que l'engagement des candidats au ministère dans une relation homosexuelle ne constitue pas un critère discriminant pour leur agrément, que ce soit négativement ou positivement.
D'une part, outre que je me suis déjà exprimé sur le sujet à titre personnel, je n'éprouve pas le besoin de m'aggréger à un quelconque groupe de pression ou de contre-pression. D'autre part, je ne suis pas plus d'accord avec le contenu de cet appel qu'avec les arguments des détracteurs du Pacs:
1°) Même assortie des précautions oratoires qui la suivent, la mise d'une citation d'Adolph Hitler en en-tête de cet appel est un procédé répugnant auquel je ne puis m'associer.
2°) Contrairement à ce que prétend cet appel, j'estime, après avoir pris conseil de civilistes compétents, que le Pacs est de fait un mariage civil. Il en présente toutes les caractéristiques formelles: manifestation de la volonté des parties, publicité, exclusivité, durée, clause de rupture. Les clauses de rupture prévues par la législation du mariage ou celle du Pacs n'offrent d'autre facilité que celle de sanctionner un échec pour permettre de repartir sur de nouvelles bases. La clause de rupture prévue par le Pacs est ni plus ni moins exigeante que la pratique vétérotestamentaire de la lettre de répudiation. A fortiori, l'indissolubilité des liens du mariage est un absolu qu'aucun Etat n'a le droit d'exiger de qui que ce soi. Un tel absolu relève exclusivement de l'instance religieuse, de la liberté de conscience, de la foi et non du droit.
3°) À l'appui de la défense du Pacs, l'appel se livre à une apologie irénique autant qu'incongrue de l'errance affective et sexuelle. Ce qui se cache derrière l'irénisme du propos, c'est le libre jeu de la concurrence en matière affective et sexuelle, autrement dit la guerre de tous contre tous.
4°) L'usage politique de la Loi est de limiter les effets destructeurs de la guerre de tous contre tous et de tracer les limites d'une vie sociale par des interdits qui imposent au désir une régulation. Je considère que contracter un mariage civil ou un Pacs, c'est se placer de fait sous le régime des dix commandements: "Tu ne convoiteras pas le bien de ton prochain!". C'est demander la reconnaissance et le respect publics de ce qu'on estime être son propre bien en échange du respect du bien d'autrui. À ce titre, un projet sérieux et publiquement déclaré de vie commune exclusive et durable entre deux personnes mérite ce respect et cette reconnaissance, quelque soit le sexe des contractants. Si la loi sur le Pacs était adoptée, il y aurait donc lieu de considérer le Pacs comme un acte d'état civil suffisant pour justifier au moins une liturgie d'accueil et de reconnaissance, au plus une bénédiction religieuse. Il devrait aussi constituer à ce titre une garantie suffisante en ce qui concerne l'admission des candidats à un ministère pastoral.
5°) À l'égard des couples ayant contracté un Pacs, comme à l'égard de ceux ayant contracté un mariage civil, le discours et le message de l'Église n'a pas à varier: l'aventure d'une relation durable, exclusive, confiante et fidèle est une aventure difficile engagée "pour la vie". Il s'agit ici, au-delà du consentement religieux à ce qu'interdit et garantit la Loi, d'annoncer que l'Évangile offre joie, force et courage pour affronter cette aventure au jour le jour.